Gaël : Jim Colorex : Peindre l’histoire et les légendes de la Domnonée

Des sous-bois de Paimpont aux murs de Gaël, entretien avec l’artiste muraliste Jim Colorex qui redonne vie au passé médiéval de Brocéliande.

Lorsqu’on l’interroge sur ses débuts dans la région, Jim Colorex recadre la chronologie avec précision : alors que certains situaient son installation vers 2007, son ancrage au pays de Brocéliande remonte avec une première étape marquante à Paimpont. Au fil des décennies, son travail pictural s’est déployé selon deux axes  complémentaires : la création décorative de plein air (enseignes, signalétique) et la peinture d’exposition. « Ma première arrivée en Brocéliande, à Paimpont en l’occurrence, c’était il y a 32 ans. Dès la deuxième ou troisième année, j’ai commencé à faire les panneaux aux enseignes de Brocéliande. C’était le côté déco, puis tout a suivi. »

Côté expositions, le premier espace à lui accorder sa confiance fut Le Fil Rouge de Brocéliande à Paimpont (lieu d’artisanat devenu aujourd’hui La Quintessence).  Par la suite, sa première exposition institutionnelle officielle s’est tenue à l’Office de Tourisme de Tréhorenteuc. Aujourd’hui, c’est à la commune de Gaël que l’artiste apporte son savoir-faire. À l’initiative de la municipalité « un projet concerté et voté en conseil municipal », Jim Colorex a été sollicité pour investir  l’espace public. Cette nouvelle commande s’inscrit dans le prolongement direct d’une œuvre majeure réalisée au mois de janvier précédent : une imposante fresque de 20
mètres de long déployée sous le préau du Bran, un village de Gaël.

Une fresque au Bran

Pour concevoir la fresque du Bran, l’artiste a mené un véritable travail de chercheur. Face à la rareté des documents sur ces époques reculées, il a remonté la  généalogie des seigneurs locaux bien au-delà de la figure connue de Saint Judicaël. « L’idée était de mettre en avant les seigneurs de la Domnonée. Le plus  connu à Gaël est Saint Judicaël, mais à partir de là, j’ai fait des recherches historiques. J’ai remonté le père, le grand-père, l’arrière-grand-père… J’ai découvert  toute une lignée de chefs de guerre dont Gaël était le chef-lieu. J’ai voulu redonner ce prestige patrimonial oublié. » Ses recherches lui ont permis de retracer, panneau par panneau, les figures historiques. Ces seigneurs régnaient sur un territoire étendu, englobant aussi bien l’abbaye de Paimpont, l’abbaye de Saint- Méen, le château de Montfort-sur-Meu, le château de Comper, la forêt de Brocéliande et s’étendant jusqu’à Loudéac. Jim Colorex rappelle d’ailleurs que Saint  Judicaël (qui fut roi avant d’être saint) était contemporain et compagnon de Saint Méen, plaçant Gaël au cœur d’un centre de pouvoir névralgique du Vᵉ au VIIᵉ siècle. Sur le chantier à Gaël, l’artiste s’attache à transformer un poste électrique peu esthétique. « On fait le nouvel abribus parce qu’un poste électrique,  c’est moche ! J’y ai peint une motte féodale notamment, pour refaire un clin d’œil un petit peu au passé glorieux mais ancien de Gaël. Et puis avec un peu  d’humour : là ce n’est pas un bus, c’est une charrette, mais elle transporte déjà des gens… c’est le service de transport de l’époque ! » En déclinant les motifs  visuels de la fresque du Bran sur cet aménagement du quotidien, Jim Colorex continue d’offrir aux habitants une réappropriation vivante et poétique de leur patrimoine historique.