Saint-Gonlay : Portrait : Robert Kernez, une mémoire gonlaysienne

D’un destin contrarié, Robert Kernez a fait de sa vie, une aventure riche de voyages et même si ce n’est pas sur les mers, cet insatiable curieux a beaucoup parcouru le monde.

Après un primaire à Saint Gonlay, un collège à Montfort et un lycée à Bréquigny, il poursuit ses études supérieures à la faculté des Lettres de Villejean, faisant  contre mauvaise fortune bon coeur. « Je voulais être marin, mais mes parents ne voulaient pas. Ils jugeaient le métier trop dangereux et instable ». Heureusement, Robert Kernez aimait aussi la littérature et les langues « je voulais faire de l’anglais mais il y avait trop de monde qui attendait, j’ai perdu patience et je me suis  tourné vers l’espagnol et le portugais aussi, que je ne parle plus mais je peux encore le lire » dit-il malicieux. C’est donc comme professeur d’espagnol, qu’il  débutera « je suis passé par beaucoup de collèges en Bretagne : Paimpol, Mauron, Saint Méen, Plozévet, Quiberon etc » puis de lettres et enfin comme  documentaliste.

De la Réunion à la Guyane

En 1989, il part pour La Réunion « ce devait être en Nouvelle- Calédonie, mais il y avait des tensions entre  communautés, donc je n’ai pas pris le risque ». Il revient cependant quelques années en France et c’est au décès de son père en 2005, qu’il décide de repartir, cette fois en Guyane. « Les enfants étaient  enchantés. La forêt, la faune, la flore, c’était magnifique. Il ne faut juste pas quitter le sentier. Il y avait des caïmans, mais ils n’attaquaient pas les hommes  contrairement aux moustiques. Les petites bêtes sont parfois plus méchantes que les grosses. Quand on allait à  la pêche, c’est souvent des piranhas qu’on  attrapait et ils avaient de belles petites dents, mais je n’en ai jamais mangés. On se baignait dans le fleuve Maroni, à proximité de ces poissons à la terrible  réputation. On donnait des coups de branche pour les éloigner, mais je ne suis pas sûr que ça les effrayait vraiment. Pourtant, ils ne nous ont jamais attaqués ».  Beaucoup de bons souvenirs en dehors du travail au collège « on s’entendait très bien avec les bushinengués et les amérindiens qui parlaient le taki-taki, la langue du fleuve mais la vie au collège était difficile avec beaucoup d’indiscipline. Certains élèves de 3e avaient 20 ans… Je ne suis resté qu’un an. Mais tous les  samedis, j’allais à la médiathèque qui se trouvait dans un bâtiment du bagne. Quand tout le reste était à l’abandon ». Puis ce fut le départ pour Marie-Galante  dans les Antilles, « un excellent souvenir même si la vie y est très chère ». Mais l’heure de la retraite a sonné et avec elle le retour en France.

Des photos et des livres

L’activité de documentaliste s’arrête, mais celle qui se poursuit toujours est sa passion de la photographie qu’il a découverte quand il était lycéen, au club photo de Bréquigny. « J’ai toujours un appareil photo avec moi. Au début, je faisais du noir et blanc et mes propres tirages ». Des clichés qui s’exposent en nombre dont beaucoup à Paimpont. Robert Kernez traite différents thèmes : le bestiaire armoricain, les cimetières de bateaux, le bois et Tristan Corbière « c’est mon poète  préféré ». A côté des photos, ce sont aussi des films qu’il monte (sur Boutavent, l’abbaye de Montfort, l’Amoco Cadiz qui a été présenté à la cinémathèque de  Brest) ou encore des livres qu’il écrit, en collaboration avec Jean-Claude Denis. A ce jour, il réunit pas moins de 380 montages sur la Bretagne, ses voyages (Singapour, Sydney, Macao, Hong Kong, Manille, Les Philippines), les minorités nationales (Papous, Tamouls), les festivals ou encore  les guerres passées et les  camps de concentration (Auschwitz, Terezin). « Je continue d’en faire, mais mon souci c’est la diffusion, c’est vraiment un boulot à part » conclut celui « qui a  toujours quelque chose à faire ».