Il va falloir perdre ses mauvaises habitudes si on en a. Tourner le robinet et faire couler l’eau, c’est si simple. Désormais, canicule et sécheresse obligent, il faudra bien modérer ses ardeurs en matière de consommation d’eau potable.
L’équipe du syndicat d’eau de Quélaron était réunie le 8 juillet à Broons et les propos sont clairs comme de l’eau de source ou de ville : la chasse au gaspi est ouverte et n’est pas près de fermer. « Chez nous, en Bretagne ; la production d’eau est surtout superficielle : l’eau provient de barrages, de rivières à 100 %. Quand on consomme plus, ce qui est le cas actuellement, on assèche les cours d’eau. Alors, si dès maintenant, on consomme plus raisonnablement, peut-être qu’on pourra garder nos rivières en assez bonne santé pour assurer la suite », indique Jérémy Dauphin. Les risques sont bien réels même s’ils ne sont pas pour demain
matin, et il n’est pas certain du tout que l’on puisse avoir de l’eau sans restriction très longtemps.
Avoir les bons gestes
Dans ce contexte, tous les « bons gestes » sont à prendre même si certains de ces gestes peuvent laisser à penser aux plus incrédules que c’est dérisoire. Alors, les nettoyeurs à pression pour les terrasses, les murs, les cours, c’est fini et on ramasse tout ça. Le lavage des voitures, on oublie. Arroser les pelouses, les haies, les massifs, on n’y pense plus. Au potager, ça passe mais à utiliser avec modération. Ne laisser couler le robinet que le temps nécessaire pour accomplir les tâches quotidiennes. Ce n’est pas parce qu’on va rester un quart d’heure sous la douche qu’on sera plus propre (le bain, terminé évidemment). « L’eau est à tout le monde et celle qui est prise ici ou là pour des usages pas indispensables, ne finit pas à la rivière et accentue le risque de pénurie », insiste l’équipe. Le risque de production limitée, c’est-à-dire, de coupures ou de baisse de pression est bien réel. « Déjà en 2022, l’usine du SMAP a frôle la pénurie et on a évité de justesse
la restriction », dit encore Jérémy Dauphin. Alors, chacun, simples citoyens, professionnels de toutes sortes, usagers de partout, tout le monde est invité à la
grande vigilance.
Attention à l’automne
C’est à l’automne que ça se jouera. L’automne, c’est la saison ou les feuilles tombent (c’était comme ça avant mais ça change aussi). C’est également la saison où, potentiellement, le niveau d’eau peut baisser sérieusement même si cela peut paraître paradoxal. « C’est maintenant qu’il faut réagir. Si la pénurie devait s’installer, ça ne serait pas maintenant mais à l’automne que ça se passerait. Depuis quelques semaines, on distribue plus d’eau que d’habitude et la reconstitution du stock ne peut pas se faire avant l’automne. Donc c’est dès aujourd’hui qu’il faut économiser et chaque petit geste compte. C’est le fruit des actions de chacun qui fera changer les choses », précise Juliette Malherbe, responsable de l’agence STGS pour la Bretagne. Et on insiste bien : à la première averse, on n’oublie pas ces principes de précaution et d’économie car dans les années à venir, les choses ne risquent pas de s’améliorer. Nouveau climat, nouveaux dangers, nouveaux comportements citoyens, tout cela va de pair et c’est pour assurer l’avenir de tous.
Quelques données
L’usine de l’Arguenon peut produire jusqu’à 50 000 m³ d’eau par jour. Elle dessert 15 000 abonnés sur 3 communes et l’eau circule dans plus de 1300 kilomètres de canalisations. Chaque année, des programmes de travaux sont lancés un peu partout pour revoir l’état du réseau et éviter les fuites qui génèrent des pertes d’eau toujours trop importantes. Les usagers sont eux-mêmes invités à faire des relevés de compteur pour détecter des anomalies potentiellement liées à des fuites sur leur propriétés. Il y a trois niveaux de précaution mis en place par les services de l’État concernant le service des eaux : la vigilance (c’est actuellement le cas dans les Côtes-d’Armor), l’alerte (en Ille-et-Vilaine déjà), l’alerte renforcée, la crise (ce qui n’est encore jamais arrivé).