Dimanche 14 juin, à Novi Sad en Serbie, le montfortais Romain Hinfray s’est offert pour ses 40 ans le titre de vice-champion du monde d’apnée dynamique en monopalme.
Grâce à ses 300 m parcourus (6 longueurs de 50 m) en 3,45 minutes, l’apnéiste s’impose parmi 213 participants venus de 34 pays. « Il existe plusieurs types d’apnées, en eaux libres en profondeur ou en piscine sur distance où l’athlète ressort quand il veut. J’ai choisi celle-ci. Ensuite, on peut s’orienter vers l’apnée statique ou dynamique avec bipalme, monopalme ou sans palme. Je pratique les trois, mais ma spécialité c’est l’apnée dynamique monopalme » explique le montfortais.
« Certains ont des prédispositions naturelles comme une grande capacité pulmonaire de 10 litres quand la moyenne est à 5 litres. Moi je suis dans la moyenne, j’ai juste travaillé beaucoup plus, c’est une forme d’acharnement » sourit-il, au prix d’une dizaine d’heures d’entraînement par semaine. « Ça fait 13 ans que je pratique, mais depuis l’enfance j’ai toujours été plus souvent sous l’eau qu’au-dessus ». C’est par la chasse sous-marine que débute Romain Hinfray. Mais sa vie professionnelle l’amenant à Paris, il se tourne alors vers un club. « C’est là que j’ai rencontréquelqu’un qui était en équipe de France. Un jour il m’a prêté sa monopalme et là il s’est passé quelque chose. J’ai décidé de m’y consacrer et de pousser le curseur au maximum ». Une détermination qui l’a amené à être le 10e au monde à avoir nagé 300 m et le 3e français. « C’est une grosse étape pour moi. En janvier je faisais 270 m, en avril 280 m et en juin 300, quand le champion du monde est à 326 m… ». Pourquoi pas aller chercher les 26 m restant? « Il ne faut pas aller trop vite, je suis moins pressé que par le passé. Je laisse à mon corps le temps d’intégrer ce qu’il a appris. Je vais donc travailler pour garder cette distance la prochaine saison. L’important c’est aussi de garder le
plaisir ».
« C’est un sport récent, on a donc peu de certitudes, c’est ça qui m’intéresse. J’ai découvert plein de choses sur le corps. Il faut qu’il apprenne à travailler avec peu d’oxygène, on le prépare à l’hypoxie. Mais attention à ne pas aller trop loin, car la dette d’oxygène entraîne la syncope, le corps se protège. On travaille également sur le volume pulmonaire, en étirant la cage thoracique. C’est aussi une question d’endurance en entraînant la résistance des jambes à l’effort. On va chercher nos vieux réflexes de mammifères marins. Mais c’est la préparation des jambes qui permet de gérer la douleur due à l’accumulation de lactates dans les muscles. Mais le corps s’adapte et finit par transformer ces déchets en ressources pour soutenir l’effort ».
Le Pôle France depuis 2023
Un sport à maturité tardive selon Romain Hinfray, licencié au Cercle Paul Bert et qui évolue aujourd’hui en équipe de France avec 9 autres athlètes. Et grâce au Pôle France, qu’il a intégré en 2023 en tant que sportif de haut niveau, il peut bénéficier d’un écosystème d’entraînement : un entraîneur, un préparateur physique et mental, un ostéopathe ou encore une diététicienne. « Cette structure a changé mon approche du sport. Aujourd’hui, je nage sans pince-nez, et j’ai enlevé mes lunettes en compétition. Mon mental se réoriente et me permet de démultiplier mes liens avec l’élément, mes ressentis sont plus fort. Garder le plaisir, toujours ». Un apnéiste, ingénieur informatique en dehors des bassins, qui sait déjà que quand il arrêtera « j’entraînerai les enfants. Il n’y a qu’une seule section en France qui prépare les adolescents à la compétition et elle est à Chartres ». Il est vrai que l’apnée n’a été reconnu sport de haut niveau par le ministère des sports qu’en 2023.