Broons : Insolite : Quand la boucherie se met en scène

Tout le monde le sait, le travail de boucherie et de traiteur, est un art. Pour certains, cet art-là peut s’enrichir grâce à un autre art : le théâtre.

Tony Rouxel, qui fait son apprentissage à la Maison Anna de Broons, et six autres de ses camarades d’apprentissage, ont participé à un projet qui leur a été proposé par la CMA (Chambre des métiers et de l’artisanat) de Ploufragan, intitulé « Apprentiscène ». Ce projet de théâtre original vise à promouvoir les métiers, valoriser l’apprentissage et permet de développer les attitudes professionnelles des apprentis. À seulement 15 ans, Tony est déjà dévoré par la passion de son futur métier et il a pris cette opportunité théâtrale comme une bonne façon de dépasser son stress et ses peurs.

Qui peut le moins peut le plus

L’aventure a commencé en janvier quand les élèves de Ploufragan ont eu le droit à une présentation du dossier Apprentiscène. « Il fallait sept élèves et dans la classe, nous sommes douze apprentis. Au début, il y avait neuf volontaires et ensuite, on est descendu à sept. On a eu des cours avec une metteuse en scène. Elle nous a donné beaucoup de conseils sur la façon de bien gérer la parole et d’avoir une bonne gestuelle », précise Tony.

La metteuse en scène en question n’est autre que Sophie Mourousi, fille d’Yves Mourousi, célèbre présentateur de journaux télévisés dans les années 70/80. Le problème avec les apprentis, c’est qu’ils ne sont à l’école qu’une semaine par mois et le reste du temps, ils sont dans l’entreprise qui les forme. « Une séance d’entraînement par mois, ça aurait fait un peu juste alors on a fait en sorte de se voir une fois par semaine quand même », ajoute Tony.

Apprendre à surmonter le stress

L’objectif de ce travail était d’ajouter un plus à la formation professionnelle. Apprendre son métier, faire un peu de théorie, beaucoup de pratique, c’est bien. Apprendre à parler, à s’exprimer, à surmonter ses craintes, ça ne peut pas faire de mal. Et puis, au quotidien, dans une boutique, est-ce que qu’on ne fait par un peu de théâtre chaque jour ? Isaac, Tom, Raphaël, Esteban, Lenny, Léo et Tony ont joué le jeu de la découverte et ils ont joué leur propre rôle sur une scène parisienne. Un périple à la fois professionnel et ludique qui amène à assumer sa présence devant le public. Pas question de tailler une bavette ! Après la préparation, le grand moment est arrivé : il faut monter à la capitale. À la mi-mai, l’équipe s’est réunie à l’internat de Ploufragan pour passer la soirée sur place. Le lendemain, ils se sont levés à cinq heures du matin et départ en mini-bus à six heures avec deux professeurs, Anaïs Ropers et Miguel Jouan. Il y a du stress et personne n’est très bavard. Tailler la bavette ça sera pour plus tard. L’affaire doit se passer au théâtre de la Renaissance où l’équipe va retrouver Sophie Mourousi. Ça va être physique parce que « notre loge est au sixième étage, sans ascenseur donc quand on veut monter, il y a 115 marches à grimper ». Pas une de moins mais je ne vous en mets pas un peu plus non plus. Répéter, assurer des interviews, mettre au point les derniers détails. Des stars quoi ! Si le clan des sept travaille sur le métier de charcutier traiteur, d’autres candidats sont sur bien d’autres domaines car les Apprentiscène recouvrent de nombreuses professions.

La tronche des gens bons

Notre équipe costarmoricaine de Ploufragan a choisi de mettre en scène son métier en énumérant les côtés gourmands : le bon gras, la bonne tranche de jambon, le juste poids, le fait maison… « Pendant les cours, j’avais eu l’idée de la cliente retraitée qui arrive au dernier moment, quand ça va fermer, qui veut une tranche de jambon alors que la trancheuse vient juste d’être nettoyée ». La casse-pied de service en quelque sorte. Mais on va quand même la servir parce que, finalement, cette Madame Casse-pied, sous des airs austères, elle sait apprécier les bonnes choses. L’équipe n’a pas remporté de prix pour cette édition 2026 des Apprentiscène mais tout le monde en garde un excellent souvenir. « C’est une très bonne expérience qui permet de libérer le stress, de développer son vocabulaire, de parler de son métier, de montrer une palette variée de ce que l’on fait. Les gens pensent souvent que charcutier traiteur c’est le saucisson et l’andouille mais on fait plein d’autres choses », assure Tony. Mais sur scène, ils n’ont pas fait les andouilles : ils ont pris leur rôle à cœur. Après leur performance, ils sont remontés dans le mini-bus pour aller voir Paris de nuit avant de rentrer en Bretagne épuisés mais contents. Anaïs Ropers qui est professeure de gestion et de communication précise que « l’équipe de Ploufragan était la seule de Bretagne à avoir fait le déplacement et que les apprentis bretons étaient aussi les plus jeunes puisqu’ils sont tous en première année d’apprentissage. L’OPCO, organisme financeur qui est à l’origine des Apprentiscène, vise plusieurs objectifs : montrer aux apprentis des choses nouvelles dans un cadre nouveau, développer leur confiance en eux-mêmes et mettre en valeurs leur formation et leurs métiers ».