De Montfort aux scènes internationales, Natan a transformé un mal-être d’enfant en une passion brûlante pour le cirque et le spectacle. Portrait.
Originaire de Montfort, cet artiste circassien de 29 ans brille dès qu’il entre en scène, captivant petits et grands, tout solaire qu’il est. Et pourtant, l’enfant qu’il était n’a pas toujours subjugué ses interlocuteurs.
« Ma scolarité n’a pas été facile. Je ne trouvais pas ma place, ni sur ma chaise, ni avec les copains », se souvient Natan, une tristesse encore au coin de l’œil. « C’était un climat où je ne me sentais pas en sécurité. J’en ai fait des cauchemars. Au collège, je me sentais différent. Les professeurs ne comprenaient pas pourquoi j’étais là. Alors, je me suis tourné vers le sport. »
Une discipline qui a modelé son corps d’athlète et lui permet aujourd’hui d’exceller aux sangles aériennes ou aux équilibres sur cannes. « Au lycée, j’ai changé quatre fois d’établissement en deux ans. Il fallait sans cesse faire ses preuves. À 17 ans, j’ai tout arrêté. Ma mère m’a dit que le problème ne venait pas de moi, mais de l’école, qui n’était pas adaptée », sourit-il. Ce temps libre lui a permis de trouver sa voie. « Une liberté dont j’avais besoin. » Le cirque est entré tôt dans sa vie : en primaire lors d’un stage, puis en option au collège.
Le breakdance, révélation du corps
Puis est arrivée la danse. « Un autre domaine où je pouvais exceller. J’avais des aptitudes pour toutes ces disciplines : la coordination pour le jonglage, les repères spatio-temporels pour les équilibres, le dynamisme pour les acrobaties. » Une véritable porte de sortie à son mal-être. « Pour le break, c’est le côté freestyle et sans limites qui m’ont plu. Et l’aspect chorégraphique, pour l’esprit de groupe. »
Une liberté qu’il n’a pas toujours su faire accepter à son entourage.
Partir pour mieux se trouver
Esprit libre et déterminé, Natan décide de partir. « À 21 ans, ma mère m’a offert mon premier voyage au Kenya, dans une ferme pédagogique. J’en ai fait une retraite pour redonner du sens à ma vie. Je me suis remis à la lecture, à la poésie, à la musique, loin de la société. »
Puis direction le Togo, pendant trois mois, dans un orphelinat où il devient éco-volontaire : « J’y ai donné des cours de danse et d’acrobaties. »
Le cirque et les gens du voyage
Par l’intermédiaire d’un ami, Emilio, qui connaissait ses rêves de scène, Natan croise la route du Cirque Français. « Ils cherchaient quelqu’un pour la manutention. Ils m’ont proposé un stage pédagogique pour apprendre le métier. Et après un an, pour leur tournée estivale, j’ai produit mon premier numéro de mât chinois. »
Un déclic. L’envie d’approfondir la mise en scène l’amène à rejoindre l’école « Klaxon Rouge » de Lesconil (Finistère), après un détour par le cinéma, sur le tournage d’Eiffel avec Romain Duris dans le rôle-titre.
Naissance d’un chorégraphe
Dans cette école, il suit une formation de « concepteur de spectacle ». « J’ai énormément travaillé, comme jamais auparavant », dit-il encore étonné. « Après seulement deux semaines, les doutes des formateurs sur ma place ont été levés. »
Les saisons s’enchaînent alors : aux Canaries comme chorégraphe, à Dubaï pour roder son spectacle devant un public exigeant, à Marrakech sous la bannière du Club Med, « la référence des hôtels de luxe », précise-t-il, où il est formé au trapèze volant, puis en Guadeloupe.
« Grâce à mes relations et à mon implication, j’ai pu monter mon propre spectacle de cirque. Et comme les vacanciers viennent du monde entier, j’ai noué des contacts. Je me suis retrouvé à Genève, enseignant à l’école du cirque de Nyon. »
Aujourd’hui, il partage son emploi du temps entre ce poste, des prestations de pole dance et un rôle dans un escape game.
Un artiste aux multiples facettes
Acrobate au sol, équilibriste, mentaliste, chanteur, danseur, jongleur (balles, cerceaux, massues, sabres, torches), trapéziste volant, spécialiste des sangles aériennes, comédien… Rien ne l’arrête. Natan saisit toutes les opportunités.
« Enseigner va de pair avec le spectacle. C’est une autre manière de partager. Ça me nourrit », confie-t-il les yeux brillants. Il enseigne également l’acrobatie à la Manufacture, Haute école des arts de la scène de Lausanne, qui rayonne à l’international. Ce parcours l’a conduit jusqu’à la British International School de Phuket, en Thaïlande.
« Suivre sa passion n’est jamais du temps perdu. C’est s’ouvrir à soi-même, aller vers l’inconnu. Il faut se faire confiance, même quand le chemin n’est pas classique. On est le seul moteur de l’émergence de notre passion », conclut-il.
Une réussite, fruit d’un travail quotidien acharné, assurément.
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