Breteil : Jean-Yves Roump, de PSA au maraîchage
Jean-Yves Roump est accroupi dans son champ de salade.

En 2014, Jean-Yves Roump choisit de s’installer en entreprise individuelle comme maraîcher bio sans traitement, suite à un plan social chez PSA (Peugeot Société Anonyme). Après 23 ans chez le constructeur automobile et une année de formation en 2012, il passe de l’usine au travail de la terre. Un retour aux sources chez ce petit-fils de paysans.

Mais au plaisir de retrouver un savoir-faire traditionnel, succède à une réalité où le stress n’est pas exempt. Ici pas de brumisateur pour donner de belles couleurs à la salade. « Notre choix est de vouloir du légume frais. Les salades sont coupées le matin pour être vendues dans la journée. »

Sur plus de 4 hectares, c’est une quarantaine de variétés de légumes qu’il a choisi de cultiver avec son épouse : oignons, courges, melons, pastèques, choux, radis, tomates, poireaux, courgettes etc. et autres plantes aromatiques. « La diversification permet l’équilibre, même si aujourd’hui avec l’augmentation des charges, l’équilibre est plus difficile à trouver. Ça va être compliqué, car les ventes diminuent aussi. » Jusqu’au covid, la consommation était croissante, mais depuis 2021, elle diminue. « On s’adapte à la demande. On propose moins de variétés, car le client préfère les standards. On ne fait plus de musquée de Provence en courges, on ne fait que du potimarron. C’est pour éviter de revivre la destruction de 650 kg de sucrine du Berry de 2022. »

Sur trois marchés

Le couple assure trois marchés hebdomadaires : Breteil, l’Hermitage et la Chapelle Thouarault. Il approvisionne aussi les cantines de Breteil, Bédée, Pleumeleuc, Montfort et l’ALAPH d’Iffendic à la grande satisfaction des résidents qui ont retrouvé une « vraie cuisine ». « On ne nourrit peut-être pas la planète, mais nos enfants oui. » Pourtant, à ses débuts, il a bien tenté de fournir des épiceries et des restaurants du territoire « mais les légumes n’étaient pas assez calibrés … Pareil pour les grossistes qui demandent un volume de légumes plus important en plus d’un cahier des charges contraignant. »

Cette ferme, aux parcelles morcelées, s’expose aux vols. « En septembre 2024, on nous a dévalisé tout un tunnel de tomates au Fresne, en plus des vols réguliers. Nous sommes deux à travailler. Il est donc facile de voir quand quelqu’un est passé » déplore-t-il. « Heureusement, depuis 2019, nous avons pu trouver des terres plus près de chez nous. Nous avons alors rapatriés les plus fragiles pour ne laisser que les légumes racines qui intéressent moins. »

Canicule et politique

Et quand la canicule s’invite comme ces dernières semaines ? « Je n’arrose pas, on travaille le sol autrement. Même quand il fait chaud, je laisse mes plantes tranquilles et je n’observe pas une baisse de rendement pour autant, même s’il y a quelques ratés. Je revois mes itinéraires techniques, de la préparation du sol à la récolte. Il faut s’adapter au climat. Quand j’avais 5 ans, chez mes grands-parents, on binait. Nous n’arrosions pas et les rendements étaient quand même là. »

Mais quand s’ajoute un contexte politique européen défavorable, alors le découragement n’est pas loin. « La PAC 2025 supprime l’aide au Maintien à l’Agriculture Biologique (MAB). Pour nous, c’est deux tiers de PAC en moins. On se retrouve avec trop d’administratifs pour un résultat négligeable. La santé mentale en prend un coup. »

 

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