Le Gouray : L’habitat léger, une solution à ne pas négliger
Marion se trouve sur la terrasse de sa tiny-house.

Depuis des années, trouver une location est partout, et pour les jeunes en particulier, un véritable parcours du combattant. Encore marginal et trop peu connu, l’habitat léger se présente comme une véritable alternative. Rencontre avec Marion Gandon qui vit en tiny-house au Gouray.

« C’est petit, mais cosy ! » Pourtant, Marion Gandon n’échangerait son domicile contre aucun autre. Avant d’en venir à se loger dans une tiny-house d’une quinzaine de mètres carrés au sol, plus une mezzanine, elle a connu bien des déboires et des bâtons dans les roues. D’abord, comme de nombreux jeunes, elle a galéré pour trouver une location à Saint Brieuc. « J’ai dû me rabattre sur un appartement hors de prix dans un quartier pas vraiment sympa. » Comment faire autrement quand on ne veut pas trop s’éloigner de son travail ? Marion est commerciale. La route, elle connaît suffisamment pour ne pas s’imposer plus de kilomètres qu’il n’est nécessaire.

Ras-le-bol de la ville !

Et puis un jour, ça a été trop ! Mais pour satisfaire son envie de vivre à la campagne, là encore pas trop loin de son travail, re-galère. Faire construire ? En lotissement ? Pas question. Trop cher, pas dans ses goûts ! « Mon jeune frère avait fabriqué sa tiny-house. Un jour, il m’a proposé de m’aider à faire la mienne. », se souvient Marion. « J’ai répondu « chiche ! »».

Pour elle, issue d’une famille où le bricolage est une seconde nature, relever le défi n’était pas vraiment insurmontable. Papa et Maman fournissaient la place pour monter un abri-atelier provisoire suffisamment grand pour y entrer cette construction prévue mesurer quatre mètres de haut une fois terminée. Ses deux frères mettaient à sa disposition, l’un ses connaissances en électricité, l’autre son temps et son savoir-faire dans tous les autres domaines : menuiserie, plomberie, isolation, peinture, etc. Il ne restait plus qu’à lancer le chantier à quatre mains.

Une législation à la traîne

À partir du jour où Marion a pris sa décision, les démarches de toutes sortes se sont enchaînées. En même temps, elle et son jeune frère démarraient le chantier. Trouver un terrain où installer sa petite maison n’a pas été le plus compliqué et ce fut chose faite en juillet 2023. Par bonheur, celui pour lequel elle a eu le coup de cœur, au Gouray, comportait une grande superficie constructible.

L’obtention d’un permis de construire ne devrait pas poser de gros problèmes. Et en effectuant une déclaration préalable d’urbanisme auprès de Loudéac Communauté, elle pouvait espérer être autorisée à poser sa tiny sur son terrain sans limite de durée. « Comme les tiny entrent dans la catégorie des caravanes et mobil-homes, la loi interdit de rester plus de trois mois au même emplacement. », précise Marion. Une législation pas vraiment adaptée à la réalité des choses qui, dans les années à venir, toujours selon Marion, « ne pourra qu’évoluer car de plus en plus de gens choisissent ce mode d’hébergement pour des raisons économiques et par manque de logements vacants ».

Marion monte donc son dossier de demande de permis de construire auprès de LCBC. Et ça coince ! Il lui revient avec un refus. La jeune femme ne se décourage pas et prend rendez-vous avec le maire du Gouray, Jean-Michel Donne. L’édile va alors l’aider à constituer un nouveau dossier et peser de tout son poids pour le faire accepter. Et là, ça passe ! Il aura fallu six mois en tout pour obtenir le précieux sésame.

Deux ans tout pile

Pendant que Marion et la mairie se débattent pour faire avancer le projet, la tiny, elle, prend forme. La grande remorque qui doit en constituer la base est achetée en Bourgogne. Le frère et la sœur fabriquent et montent les murs en bois. Vient ensuite le moment de poser l’isolation. Pour respecter ses conviction écologiques, Marion choisit de l’isolant fabriqué à partir de jean’s recyclés. « C’est un matériau qui isole vraiment bien, autant contre le froid que contre le chaud », précise-t-elle.

Mais, le 29 octobre 2023, le si bel élan est stoppé net ! La tempête Ciaràn emporte le hangar qui sert d’abri à la tiny. Marion se souvient : « Elle n’avait plus de toit, il y avait de l’eau à l’intérieur et toute l’isolation qu’on venait de poser était trempée. On était désespérés ! ». Contacté, le fournisseur de l’isolant se veut rassurant : il suffit d’enlever les panneaux, de les faire sécher et tout devrait rentrer dans l’ordre. Marion et son frère suivent le conseil, et s’en félicitent : « Effectivement, ça a marché, mais on a pris du retard. Et on n’avait plus de hangar pour travailler au sec. » Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, ils optent pour couvrir la tiny avec une grande bâche hyper lourde après chacune de leurs journées de travail, et de s’y mettre uniquement quand il fait beau.

Convoi grande longueur

En février 2024, voilà la maisonnette prête et roulante. Arrive enfin le jour tant attendu où elle doit prendre la route pour rejoindre Le Gouray. Quatre mètres de haut, ça ne passe pas partout, il vaut mieux se montrer prudents. « Avec mes parents et mon frère, on a effectué deux fois le trajet aller-retour en voiture avant et on a mesuré chaque pont et la hauteur sous les fils électriques au laser. Parfois, ça passait à cinq centimètres. »

C’est parti ! Tractée par un camion de chantier, précédée et suivie par deux voitures tous warnings allumés, la tiny effectue comme une grande son premier (et unique, normalement) voyage. Parvenue au terrain, la voilà qui refuse de grimper la petite montée qui mène à son emplacement sous prétexte que ça glisse. Un premier tracteur, celui d’un voisin, tente de l’y obliger, mais son attelage n’est pas vraiment compatible avec celui de la remorque. Non ! Un second, celui de son fils… Non plus ! Le 4X4 d’un autre voisin s’en mêle. Et, cette fois, elle cède !

Comme une vraie maison

Côté confort, Marion l’affirme : « C’est top ! Au niveau chauffage, même quand il fait vraiment froid, mon petit radiateur soufflant suffit et je n’ai pas besoin de le mettre longtemps vu que l’espace est petit et super isolé. » Tout comme une vraie maison, sa tiny est raccordée aux réseaux (eau, électricité, tout-à-l’égout).

Pour ce qui est de l’aménagement intérieur, que la jeune femme peaufine au fur et à mesure que ses finances le lui permettent, il n’a rien à envier à un studio. Cuisine aménagée, petite chambre en mezzanine ou elle a l’impression « d’être dans un bateau quand il y a une tempête », banquette convertible pouvant servir de lit d’appoint, table pliable pour quatre et de grandes fenêtres pour faire entrer la lumière et profiter au maximum de la nature environnante. Pour Marion, c’est sûr, belle vie rime avec tiny.

 

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