Madame Fernande Girault vient de fêter ses 105 ans. Les bénévoles de l’ADMR, qui interviennent à son domicile de la Peignie ne pouvaient manquer cette fête anniversaire. La doyenne des bénéficiaires des services de l’ADMR a volontiers répondu aux questions posées par Christiane Pichonnet, ancienne présidente de la structure.
Christiane Pichonnet : Madame Girault, trois bénéficiaires ont dépassé les cent ans dans le service ADMR, vous êtes la doyenne :
Oui, je suis la douairière de Merdrignac, je ne souffre d’aucune maladie, j’ai besoin d’Armelle, de Christelle, d’Agnès, d’Isabelle, de Myriam, de Laura car j’ai perdu un peu de souplesse et les bains de pieds sont compliqués. Je connais toutes les aides soignantes et je sais de quoi je peux parler avec chacune. Sinon tout va bien sauf la vue et je ne peux plus lire ni regarder la télé.
CP : Pouvez-vous nous parler de votre enfance ?
Je suis née à la Courneuve, c’était en 1921, le 2 août ; La Courneuve était une zone de maraîchage, il y avait des poireaux, des oignons et tous les légumes. À ma naissance, j’étais si petite que mes parents ne pensaient pas que j’allais vivre, ils écoutaient ma respiration pour s’assurer que je vivais encore. Plus grande, je me rappelle que papa m’accompagnait pour pêcher des têtards et j’ai encore la laitière en émail avec laquelle j’allais chercher le lait à la ferme.
CP : Quel a été votre métier ?
Dès l’âge de 14 ans, je suis allée travailler dans une fabrique de forêts. J’avais appris la dactylo mais attention j’étais mécanographe, je facturais les commandes
des quincailleries à travers tout le pays. Aujourd’hui, on dirait que j’étais comptable. C’était pendant la guerre. Après La Courneuve, je suis allée à Giens, dans le Loiret , c’était le pays de mon mari. Je me suis retrouvée standardiste aux Télécoms d’Orléans. De toute façon ma fragilité ne me permettait pas un travail manuel, il me fallait un travail de bureau. Il y a quelque chose qui me fait réfléchir : j’ai travaillé pendant 46 ans et cela fait 45 ans que je suis en retraite. C’est vraiment incroyable.
CP : Depuis quand êtes-vous à Merdrignac ?
Je suis venue à La Peignie, il y a 24 ans pour rejoindre ma fille, j’étais veuve et au manoir ma fille et mon gendre pouvaient m’accueillir. Mais je suis une citadine, contrairement à ma fille qui ressemble à son père et qui est une fille de la campagne. J’ai appris la vie des animaux et à mon grand regret, je ne vois plus de hérisson. Les oiseaux sont aussi beaucoup moins nombreux. Heureusement il y a les chevaux que je vois encore de la véranda. Madame Girault est intarissable, elle s’octroie toujours quelques plaisirs en allant déguster des huîtres ou des langoustines dans un port breton. L’an dernier, elle a encore gravi les 300 marches d’un restaurant au Guilvinec pour aller déguster des langoustines en terrasse (l’ascenseur était en panne). Son plaisir est de se promener sur la côte avec son déambulateur. Une belle leçon de vie, Madame Girault se tient au courant des actualités grâce à sa fille qui dîne chaque soir avec elle, elles discutent de tout jusqu’à 23 heures, l’heure du coucher : elle regagne alors ses appartements à l’étage sans aucune aide. Le matin, elle se lève à 7 heures et prépare seule son petit déjeuner. Nous pourrions écouter la doyenne de Merdrignac pendant des heures. Lors de notre visite, sa coiffeuse est venue lui offrir des fleurs. Elle était très joyeuse de toutes ces attentions. Nous souhaitons à Fernande encore bien des petits plaisirs dans le cadre enchanteur du manoir de La Peignie qui est un véritable musée.