À Carguier-Rénéac, entre Plémet et Laurenan, un parc de cinq éoliennes provoque la colère des habitants alentours.
Implantées malgré un long combat aux multiples rebondissements qui aura duré plus de 10 ans, ces éoliennes sont ressenties comme un véritable poison par les riverains qui dénoncent des effets « d’ombres portées » liés aux passages des pales suscitant de multiples gênes autant à l’intérieur qu’à l’extérieur
des habitations.
« Fermez vos volets »
Vendredi 15 mai, un petit rassemblement d’une quinzaine de personnes a eu lieu au pied de l’une des éoliennes afin d’alerter les pouvoirs publics sur les dangers liés à ces « aérogénérateurs » de plus de 150m de hauteur (plus la hauteur des pales). Bâties sur un bel endroit, auparavant vierge de toute pollution visuelle, ces monstres d’acier et de carbone produisent ainsi un effet stroboscopique ou effet « d’ombres portées » auquel l’exploitant répond seulement : « fermez vos volets».
Sentiment d’abandon
« Pour nous, c’est un bruit permanent, comme si un avion passait dans le ciel ou la rumeur d’un périphérique, alors que nous sommes en pleine campagne », installé à la Ville aux Pourvois en Laurenan, un couple exprime un « sentiment d’abandon ». « On ne peut plus rester dehors quand elles tournent, les chevaux ne veulent plus aller pâturer dans le champ à proximité ». Et ces désagréments ne concernent pas qu’un seul village puisque des riverains de Chaubusson, Le Pryas, la Bréhaudière, La Pierre, Perrière, le Pré Ferron et Carguier demandent que soient prises en compte les nuisances liées à ces éoliennes. « En Allemagne, la distance règlementaire entre les éoliennes et les habitations est de 1000m alors qu’en France elle est de 500m, pourquoi ? » s’interroge un autre habitant. « Certains nous disent que nous sommes contre tout mais il faut vivre avec ces éoliennes dans son environnement ! C’est un véritable aéroport derrière sa maison. Au pied, on n’entend rien, à 5 ou 600m c’est un enfer ! » Du côté de l’exploitant, les réponses aux riverains excédés est toujours la même : « le parc fonctionne conformément aux autorisations administratives en vigueur ».
Débat biaisé
Mais pour qui aura suivi les débats au conseil municipal de Plémet, cette réponse peut faire sourire car la précédente équipe municipale était contre ce projet d’éoliennes et a scrupuleusement suivi tout le processus légal pour empêcher l’implantation de ce parc en tant que conseil démocratiquement élu par les citoyens locaux. Mais une mairie peut difficilement s’opposer a vitam eternam et la décision finale revient toujours à l’État qui a décidé, par avance, d’un « quota » d’éoliennes » par territoire. Et c’est là où l’astuce se niche : l’un de territoires français comptant le moins d’éoliennes est… l’Ile de France, là où pourtant se décident les « quotas ». En effet, dans toute la région parisienne, il n’y a, en tout et pour tout, que 17 éoliennes et aucune n’est implantée à Paris. Yvon Rolland, opposant historique des éoliennes de Carguier-Rénéac avec le collectif Vent debout, présent au rassemblement du 17 mai affirme, pour sa part, en voir 73 depuis sa maison ! Au regard de la densité d’éoliennes en Centre-Bretagne, le chiffre est tout à fait plausible. Sur les cinq départements bretons, en comptant les parcs en mer, il y a aujourd’hui plus de 1000 éoliennes. Le chiffre est cependant quatre fois inférieur à celui des Hauts de France où l’on compte, à ce jour, 4500 aérogénérateurs terrestres !
Entre 3500 et 6000 éoliennes en plus d’ici 2035
Le présent gouvernement ayant instauré une politique énergétique basée sur l’électrique renouvelable et notamment sur l’éolien dont tous les désagréments sont supportés par les ruraux, on peut s’attendre à une multiplication des parcs éoliens en Bretagne. En mer comme sur terre. Le calcul est simple : La France compte aujourd’hui environ 10 000 éoliennes terrestres qui produisent, au total, 23 GW. Or, selon la PPE 3 ou « nouvelle feuille de route énergétique française » publiée par décret le 12 février dernier, il faudra produire d’ici 2035 entre 35 et 40 GW, ce qui devrait représenter entre 3 500 et 6000 éoliennes supplémentaires, suivant les schémas retenus (éoliennes en mer ou terrestre).