Bréteil : Georges Guinard : Deux vies parallèles

Georges Guinard est, avant toute chose, un accordéoniste jusqu’au bout des doigts. Une passion née dans une famille de musiciens avec un père, Isidore, qui jouait déjà de l’accordéon diatonique et animait les bals de mariage et un oncle, Georges, également accordéoniste.

Sa voie était donc toute tracée, « mais moi, j’ai choisi l’accordéon chromatique et j’ai appris les notes, j’ai fait du solfège », assure-t-il. « J’ai animé mon premier bal de mariage à 17 ans et j’ai eu le plaisir de jouer aux noces de Palissandre de ces mêmes jeunes mariés, 65 ans après. Que de souvenirs ! ». Autre souvenir de jeunesse qui l’amuse encore « avec mon cousin Alain (fils de Georges) qui est saxophoniste, on fêtait mardi gras. On allait chercher des œufs dans les fermes la nuit et pour qu’on nous ouvre la porte, on chantait la Passion. Quand on frappait aux portes, les gens disaient « c’est qui ?» et nous on chantait. Parfois on restait manger un bout de lard et quand on rentrait, des fois les œufs étaient cassés ! ».

Né quelques années avant la guerre, à Iffendic, celle d’Algérie le rattrape et met ses talents de musiciens en sourdine. Après 4 mois de classe chez les chasseurs à Granville, il intègre le 28e bataillon de chasseur alpin. « J’étais en partie en grande Kabylie. On était avec la gendarmerie mobile qui était souvent prise pour cible, je ne dormais pas toujours dans mon lit » se souvient-il. 28 mois passent et c’est le retour à la ferme familiale « mes parents m’ont dit, maintenant il va falloir travailler, mais ce n’était pas évident de trouver du travail ».

Finalement, ce sera les transports « j’ai passé tous mes permis, poids lourds, super lourd, transport en commun, avec remorques etc ». Et muni de ces sésames, c’est à l’entreprise Berthelot à la Prévalaye, que Georges Guinard débute. Il n’en oublie pas la musique pour autant. Il monte alors un orchestre « le trio Guinard » avec le cousin Alain, au saxophone et sa sœur Gisèle, à la batterie et à la guitare. Une aventure qui va durer 40 ans « On jouait dans les bals publics et pour les mariages ». Grand bien lui en a pris puisque c’est là qu’il rencontre celle qui deviendra son épouse.

En parallèle, il poursuit sa vie de chauffeur aux Établissements Simon de Montfort, où il assure le transport de matériaux de terrassement et finit sa carrière à la société Cottin en 1996. Mais Georges Guinard est aussi ancien combattant et c’est tout naturellement qu’il adhère à l’UNC (Union Nationale des Combattants) et devient porte-drapeau « ça fait 40 ans et j’ai toutes les médailles : de bronze, d’or, d’argent, le mérite de l’UNC, il ne me manque que la posthume » s’esclaffe-t-il.

Aujourd’hui, Georges Guinard coule des jours heureux à Breteil qu’il a adopté il y a 51 ans « On était 800 habitants à l’époque » et ne joue plus de l’accordéon « un maugein, fabriqué à Tulle » dit-il fièrement, que pour les amis et le plaisir. « L’accordéon c’est l’instrument préféré des gens d’un certain âge, je peux encore jouer et chanter plus de 200 chansons » car le chant est aussi un instrument qu’il manie avec talent « Étoile des neiges est un incontournable ». Sa préférée : « Rikita ! ».