A Saint-Léry, près de Mauron, l’histoire séculaire du château du Loû

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A deux pas de Mauron, dans la commune de Saint-Léry, quand le château du Loû s’anime, reçoit, accueille et protège, les pages de l’histoire locale s’écrivent et ce, depuis des siècles. Les familles Desgrées du Loû et des Prez de la Morlais ont laissé une empreinte dans ce passé. Et continuent cet engagement transmis de génération en génération. En particulier lors du récent mariage de Janick Boschet-Jacopin et Nicolas Desgrées du Loû. L’Hebdo a recueilli des témoignages.

Un bouquet de lys sur l’autel de l’église paroissiale. De simples fleurs des champs accrochées sur les bancs en bois. Le glissement du temps, mesuré depuis le XIVe siècle par une horloge sans cadran, parce que les apparences emportent le vent. La voix angélique de la sœur Sibylle, le serment du père Christian Chérel. Le relief des sept péchés capitaux, les Saints bretons sur le parvis, et autour l’un des derniers, unique cimetière de cette église classée au patrimoine de France. Et cette invitation à la sortie de l’église : « nous allons marcher jusqu’au château, à pied ». Comme avant, comme toujours. « Merci à vous tous d’être là aujourd’hui avec nous, merci pour ce que chacun d’entre vous apporte dans notre vie ». Au lendemain de leur mariage, les paroles de Janick et Nicolas parcouraient encore les chemins de leur terre natale.

Selon la tradition, les familles des Prez de la Morlais et Desgrées du Loû se marient toujours à l'église de Saint-Léry comme l'ont fait récemment Nicolas et Janick.
Selon la tradition, les familles des Prez de la Morlais et Desgrées du Loû se marient toujours à l’église de Saint-Léry comme l’ont fait récemment Nicolas et Janick.

Des paroles perpétuées

Les archives de la famille, datant de l’été 1959, racontent un autre mariage, celui des parents de Nicolas : Chantal des Prez de La Morlais, petite-fille de la vicomtesse Bertrand des Prez de la Morlais et Jean-Marie Desgrées du Loû, petit-fils de la vicomtesse Maurice des Prez de la Morlais, qui deviendra patron de presse et maire de Mauron. « Pour gagner la propriété du Loû, où la vicomtesse des Prez de la Morlais et Anne Prez de La Morlais, épouse de François Desgrées du Loû accueillaient la foule des invités, un cortège se reforma dans une ambiance à la fois élégante et typiquement bretonne. Il était précédé de deux sonneurs de biniou et bombarde. Messieurs Le Moellic et Le Petit avaient déjà sonné de la même manière pour les familles Desgrées du Lou et des Prez de La Morlais, il y a 25 ans… »  Les quasi mêmes paroles ont aussi été exprimées en 1934, lors du mariage des grands-parents de Nicolas. Et ainsi de suite, depuis des siècles, à quelques mots près, à quelques joies et bonheurs près, l’histoire se reflète dans les eaux de l’étang du Loû.

La maison familiale

« C’est un étang ou un lac ? », questionnent les convives lors de la réception au château du Loû. « Un étang, très profond. C’est une ancienne carrière gallo-romaine », affirme Marguerite, Marie, Aline, Henriette, Anne, dite Minouche, 83 ans, née de Kersabiec dans ce château. A ses côtés, sa cousine Noëlle, de même âge, fille de François Desgrées du Loû et d’Anne des Prez de la Morlais, explique : « nos mamans étaient sœurs. Les cinq premières années de notre vie, nous habitions ensemble, ici au Loû. C’était la 2e guerre mondiale, nous étions plus de 30 personnes à y vivre. Pendant que les Allemands occupaient la basse cour, nos parents cachaient au château les Résistants et même un aviateur américain».

Une fois de plus « comme à chaque grand événement de notre famille, nous nous retrouvons ici, car ce château reste notre maison familiale », remarque à son tour Guy de Kersabiec, frère de Minouche, lui aussi né dans ce château.

Entre frères, sœurs, tantes, oncles, cousins, on n’évoque pas les illustres ancêtres : Marin des Grées, « attaché au Connétable du Guesclin par l’estime et par le sang », écuyer à la Montre de Jean de Beaumanoir qui assista au siège de Brest en 1373 ; Jean V, dit « Vicomte Desgrées », capitaine royaliste sous la Ligue ; Jean-Mathurin Desgrées, comte du Loû, maintenu à la Réformation de 1669 ; Jean-Hyacinthe Desgrées, sénéchal de Ploërmel de 1717 à 1723 ; Jacques-Bertrand-Colomban Desgrée, élu président de l’Ordre de la noblesse aux États de 1768 et de 1772 ; Jean-Marie-Bertrand Desgrée, lieutenant-colonel et Chevalier de Saint-Louis en 1779; Henry Desgrées du Loû, capitaine de Dragons pendant la campagne de 1870-1871, nommé Chevalier de la Légion d’Honneur par suite de la part glorieuse qu’il prit à la bataille de Forbach, le 6 août 1870 ; ou encore Xavier Desgrées du Loû, capitaine dans la Légion étrangère cité à l’ordre de l’armée d’Indo-Chine le 9 avril 1894, nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1895… « Non, on ne parle pas de ce passé, mais de notre enfance, de nos jeux ensemble », témoigne Guy de Kersabiec, ancien conseiller général, et cousin germain de Jean-Marie Desgrées du Loû.

La simplicité et l’amitié étaient au rendez-vous de ce mariage partagé notamment avec Maurice Josse, ancien maire de Saint-Léry qui a travaillé pendant des nombreuses années avec François et Jean-Marie Desgrées du Loû.

 

Le cœur du château bat toujours

A chaque grand événement de la vie, l’un des plus anciens domaines du pays de Ploërmel, le cœur du château du Loû, se met à battre avec ardeur. Jusqu’en 1857, l’ensemble des archives de cette famille y était conservé. Depuis, ces documents ont été déplacés et mis en sécurité aux Archives départementales du Morbihan.

« Le château du Loû est, à l’origine, la résidence de la famille Avril, avant d’être transmise aux Desgrées en 1656 par le testament de Gillette Avril, décédée veuve et sans enfant de Jean de Cosquat. Elle lègue sa fortune et la vaste seigneurie du Loû à Jean Desgrées, son neveu, qu’elle adopte quelques années auparavant. Ce dernier est le fils de Jean Desgrées, seigneur de Lesné, et de Marie Avril. Dès lors, les Desgrées vivent au Loû, et cela jusqu’en 1829. Le chef de cette maison porte le titre de vicomte depuis 1597, puis depuis 1670 celui de comte du Loû. Leurs descendants portent aujourd’hui le nom du Loû accolé à leur patronyme d’origine. Le Loû reste la propriété des Desgrées jusqu’en 1829, à la vente de cette dernière ainsi que de deux autres propriétés, Lesné et Le Val. Le Loû et Le Val sont achetés par Pierre Heurtel, armateur de Saint-Servant. Ses enfants vendent le Loû vers 1841 à Yves-Raoul Des Prez de La Morlais. À partir de cette date, les Desgrées ne possèdent plus la terre du Loû. Ce n’est qu’en 1934, avec le mariage de François Desgrées-du-Loû, avec Anne-Marie Des Prez de La Morlais, que Le Loû redevient propriété des Desgrées, toujours propriétaires du château aujourd’hui ».

Le château du Loû, est devenu la maison familiale des Desgrées en 1656. Vendu en 1829, il reviendra à la famille en 1934, avec le mariage de François Desgrées-du-Loû, avec Anne-Marie Des Prez de La Morlais.

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