Broons : Hervé Berville, secrétaire d’État à la mer, donne « priorité au pouvoir d’achat, à l’emploi, et la médecine »

Au second tour des élections législatives, Hervé Berville (LREM) a été réélu avec 55,83 % des votes exprimés contre 44,17 % à Bruno Ricard de la Nupes. Depuis le lundi 4 juillet, il est également secrétaire d’État à la mer.

Déjà réélu pour un second mandat de député le 26 juin dernier, Hervé Berville, 32 ans, ne s’arrête pas en si bon chemin. Passé par Sciences Po Lille et la London School of Economics, il adhère en 2017 au mouvement « En Marche ! » d’Emmanuel Macron et est élu en 2017. Il est également le « représentant personnel » de ce dernier à Kigali, au Rwanda, son pays de naissance, lors de la 25ème commémoration du génocide des Tutsis.

Il a également siégé à la commission des affaires étrangères puis est devenu le porte-parole de LREM à l’Assemblée nationale. Lors de ce nouveau mandat, il souhaite « défendre les intérêts de nos pêcheurs », notamment face à la hausse des prix du carburant et au Brexit.

Il souhaite aussi

« répondre aux attentes des Français en matière environnementale, en protégeant l’océan, la biodiversité, en luttant contre le changement climatique »

avec une gestion durable des ressources marines et une réduction de la pollution, notamment du plastique dans les océans. Il ajoute à cette transition écologique une transition énergétique avec entre autres « le développement des énergies marines renouvelables ».

Les réactions à sa nomination ne se sont pas fait attendre. Marc Le Fur, député de la troisième circonscription des Côtes d’Armor, s’est « réjoui de voir un Breton siéger au Gouvernement » et « compte sur lui pour relayer les dossiers de la Bretagne. » Il espère que le nouveau secrétaire d’État s’intéressera au « problème des éoliennes en Baie de Saint-Brieuc ». Selon lui, « il y a urgence. Je le souhaite d’autant plus que nous devons protéger les coraux et l’ensemble de la biodiversité de la Baie de Saint-Brieuc. »

Le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, est également « heureux de voir un Breton entrer au Gouvernement, qui plus est à ce poste stratégique pour la Bretagne ». Il souligne l’importance de la préservation de ce « bien commun » et des ressources qu’il apporte, ainsi que la place de la pêche dans la région.

L’Hebdomadaire d’Armor avait rencontré le secrétaire d’État avant sa nomination, lors d’une permanence à Dinan. Il venait alors d’être élu député. Son second mandat à peine entamé, le député accorde vendredi 24 juin un entretien où il livre ses priorités, celles du gouvernement et les questions qu’il va falloir régler.

Hervé Berville revenait de Paris pour sa permanence à Dinan.

L’Hebdomadaire d’Armor : Qu’est-ce qui vous attend ces jours-ci ?

Hervé Berville : Pour le moment, l’objectif est de se mettre au travail et d’installer l’assemblée nationale. Je précise que nous allons peut-être avoir une femme à la présidence de cette assemblée ce qui ferait de cette période une nouveauté avec une femme à la tête du gouvernement et une autre à la tête de l’assemblée nationale.

 

L’HA : Au niveau plus général, quels sont les sujets prioritaires pour le pays ?

HB : Il y a quelques enjeux majeurs à ne pas rater : le pouvoir d’achat, le prix des carburants, les questions médicales, l’emploi et la question de la main d’œuvre qui manque un peu partout.

 

L’HA : Au niveau des carburants, qui sera considéré comme « gros rouleur », seulement ceux qui vont au travail ou aussi ceux qui, par exemple doivent rouler pour leurs enfants ?

HB : Ce sont tous ceux qui doivent rouler puisque je rappelle que la prime de 18 centimes va à tout le monde et elle va être prolongée au moins jusqu’à la fin de l’année. J’ai pour habitude de dire que les gros rouleurs sont la plupart du temps les gros bosseurs. Il va falloir aussi remettre sur la table la question des transports en commun et en particulier celles des petites lignes. La priorité n’est plus de gagner quelques minutes sur des grands trajets mais de mieux irriguer le territoire en tenant compte des personnes qui ont des horaires atypiques et ne partent pas au travail sur les grands horaires classiques. Mais il faut aussi préciser que les transports relèvent de la Région et qu’il va falloir travailler en coordination.

 

L’HA : Et l’avenir de la voiture individuelle ?

HB : Sortir de la voiture individuelle de suite, c’est non. Utiliser mieux la voiture oui mais on ne doit pas condamner ceux qui sont déjà victimes des coûts des carburants. Dans les zones rurales, qui peut se passer de la voiture ?

 

L’HA : Au niveau médical, on en est où avec l’hôpital de Dinan ?

HB : Depuis un an et demi, il y a eu un énorme travail de fait et on partait de loin. Je rappelle qu’il y a encore sept ans, on parlait encore d’un hôpital unique. Il faut dire qu’on a besoin de proximité en ce domaine comme dans bien d’autres. Donc il fallait financer lourdement, à la fois en terme d’investissement et de salaires. Un montant de 110 millions d’euros a été validé et on espère voir l’argent arriver le plus vite possible.

 

L’HA : Et cet argent, quels résultats doit-il permettre ?

HB : Nous avons plusieurs objectifs avec cet investissement. Il faut réussir à garantir les urgences 24h/24, mieux coordonner la médecine de ville et l’hôpital en assurant un service sur notre territoire. Je rappelle que le conseil de surveillance de l’hôpital de Dinan a donné son accord à l’unanimité sur le projet. Tous les soignants nous disent qu’il faut un hôpital à Dinan. Il y a bien sûr aussi une coopération nécessaire et réelle entre Dinan et Saint-Malo.

 

L’HA : Dans quel sens cette coopération ?

HB : Dans les deux sens : de Dinan vers Saint-Malo et inversement et même plus : il ne s’agit pas de faire partir les services de Dinan vers Saint-Malo mais plutôt de faire venir des services de Rennes ou Saint-Brieuc vers Saint-Malo. La formation des infirmières va revenir sur Dinan, la SSR (suite de soins et de réadaptation), l’IFS (institut de formation sanitaire), l’IFAS (institut de formation des aides-soignants) aussi. On ne fait que recruter des médecins pour l’hôpital et des services se créent actuellement.

 

L’HA : Et la médecine de ville ?

HB : Tout le monde a bien remarqué qu’il n’y a plus de médecins de ville comme avant. La médecine s’est féminisée, les gardes ne sont plus assurées, beaucoup de médecins travaillent à temps partiel.

 

L’HA : Est-ce trop demander à des médecins d’assurer des gardes ?

HB : Depuis 2004, il n’y a plus d’obligation de permanence des soins ce qui pose un gros problème parce que tout le monde se retrouve aux urgences. Donc, nous souhaitons revenir sur cette question de la permanence des soins. 20 % de médecins supplémentaires vont être formés. Il faudra faire en sorte qu’ils aillent sur les territoires qui en ont besoin. Il y aura par exemple des stages obligatoires dans certains secteurs. Il faut aussi libérer du temps médical et en ce sens, 4 000 assistants médicaux seront recrutés pour libérer les médecins de tâches purement administratives. Il faudra aussi laisser plus de capacités de prescription aux pharmaciens et enfin travailler sur la prévention qui fait partie de la politique publique.

 

L’HA : Les territoires ruraux sont concernés par les prix des carburants mais aussi par des questions budgétaires et de découpages administratifs. Quels traitements leur seront proposés ?

HB : En ce qui concerne le découpage tel que les intercommunalités, il est le résultat des tripatouillages et de la loi NOTRe de 2015 qui a ramené le nombre d’intercommunalités de 22 à huit dans notre département. Personnellement, je suis très attaché aux anciens cantons et aux pays qui ont une base solide de vie en commun. Donc, depuis cinq ans, la priorité n’est pas de se lancer dans d’autres découpages. Notre volonté est de faire en sorte que pour les communes rurales, les dotations ne fondent pas. Quand nous avons décidé d’enlever un peu aux grandes métropoles pour donner aux zones rurales, les premières ont vivement réagi. Elles ne représentaient que 5 % des communes mais elles n’avaient pas envie de partager. On a pourtant pu constater que les dotations en zone rurale n’ont pas baissé.

 

L’HA : Et donc les découpages ?

HB : Nous avons décidé de ne plus agir de façon totalement jacobine depuis Paris. La loi engagement proximité permet à une collectivité de quitter une intercommunalité et d’en rejoindre une autre. Notre stratégie pour la ruralité c’est que l’État doit être présent. Nous l’avons déjà prouvé avec les fonds friches, la lutte contre l’artificialisation des terres et on continue avec le maintien des dotations rurales.

 

L’HA : On reproche parfois au député de ne pas être assez sur le territoire. Votre avis ?

HB : Bien sûr, on ne peut pas être partout à la fois. Je pense que je suis présent sur le terrain et je vais le rester. Je ne peux pas passer une semaine sans être dans la circonscription qui m’a élu et bien élu puisque, au second tour, je progresse par rapport à 2017. Je peux regretter une chose : on ne peut se satisfaire d’un taux aussi élevé d’abstention. Ma boussole, ce sont mes valeurs pour aider les porteurs de projets, défendre l’environnement,  le social et l’emploi.

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