Le Mené: Pour Yuliya, « ce n’est pas la guerre, c’est un génocide »

Posté dans : Article à la une 1

2 600 kilomètres la séparent des siens sous les missiles et bombardements russes. Yuliya Bilousenko, Ukrainienne originaire de Jytomyr, une ville garnison et universitaire à 140 km à l’ouest de Kiev, fait tout pour maintenir le contact avec eux.  A Saint-Gilles du Mené où elle réside avec mari et enfants, la jeune femme témoigne à cœur ouvert et entre à sa façon en résistance. Elle collecte du matériel en faveur des militaires et les habitants de sa ville.

« Poutine avait dit qu’il ne toucherait pas aux civils… Aujourd’hui, les chars russes pilonnent mon pays. Les routes sont occupées, la base militaire est détruite, l’hôpital, la maternité, les écoles et les quartiers résidentiels sont bombardés. Au couvre-feu, plus personne n’ose bouger un cil

Yuliya qui rêvait de vivre en France depuis toujours s’angoisse pour les siens bloqués sur place, la plupart du temps dans les antres de la terre.  « Les sirènes d’alerte sonnent sans cesse, certains n’ont déjà plus la force de descendre aux abris, ils restent dans leurs appartements, dans des couloirs ou salle de bains sans fenêtre… Mais personne ne veut partir, il y a une réelle volonté de résistance face à l’ennemi. »

Un mois de stocks

Sa mère vit seule à Jytomyr. C’est elle qui prévient Yuliya le jeudi 24 février à 5h (6h en France, 7h à Moscou). Son message dit : « Ma fille, nous avons été bombardés, la base militaire est détruite, c’est la guerre ! A plus tard. » Yuliya l’implore de fuir au plus vite mais sa maman veut aider en préparant des repas pour les militaires de Jytomyr. «Ils l’ont remercié et lui ont dit de rentrer se mettre à l’abri. Elle a un fait un stock de médicaments, de nourriture et de pain pour un mois et est depuis terrée chez elle. C’est la solidarité entre voisins qui joue. Chez nous, on dit que les voisins valent autant que les amis. »   En Ukraine, il n’y a pas de sécurité sociale, ni d’allocation chômage, et les frais de santé ne sont pas pris en charge.

Entre infos et fake news

Yuliya qui est une « enfant de Tchernobyl  » ne croyait pas en cette guerre, elle pensait que « c’était encore un énième coup de force de Poutine, que cela durerait quelques jours et que ses troupes se retireraient, comme par le passé. Finalement, c’est pire que la guerre, c’est un génocide contre les Ukrainiens. » Depuis le message glaçant de sa mère, elle est à l’affut de la moindre information. Son téléphone sonne sans arrêt. « Il y a un jour de décalage par rapport à la réalité du terrain. Je suis connectée tout le temps aux comptes du président Zelinski et à celui de son 1er ministre. Sur les réseaux sociaux où circulent beaucoup de vidéos, il faut faire très attention à la propagande et aux fake news, les deux pullulent ! » Yuliya espère que les liaisons téléphoniques et internet continueront de fonctionner malgré la pression russe. Car Roskomnadzor, le régulateur russe des médias et de l’internet, restreint ou supprime chaque jour un peu plus l’accès aux titres de presse indépendants et sites d’information, considérés comme des « agents de l’étranger. »

Le fait d’un seul homme

A propos des soldats russes qui ne savaient pas qu’ils partaient pour la guerre, même si c’est difficile à croire pour nous, Yuliya est formelle. « On leur a dit qu’ils étaient en manœuvre. C’est la tactique de l’armée de Poutine: mentir et opprimer, même les siens. C’est vrai, des mères ont prêté leur téléphone pour que ces jeunes soldats russes puissent prévenir leur maman car chez nous on ne touche pas aux enfants, ils sont sacrésCes jeunes sont en première ligne, c’est de la chair à canon, là encore, c’est une volonté de Poutine. On sait bien qu’il envoie ensuite des soldats tchétchènes et des plus aguerris. Cette guerre est bien le fait d’un seul homme, pas des citoyens russes. »

Volontaires oui, mais expérimentés

Alors quand elle entend que des volontaires se rendent en Ukraine pour soutenir les forces en place, Yuliya le déconseille fortement si l’expérience militaire n’est pas là. « Ils ne se rendent pas compte de ce qui les attend. Notre armée recherche des personnes expérimentées pour une mission de défense territoriale, pas des gens qui arrivent la fleur au fusil. »  « En cas de vol, la police et l’armée ont désormais le droit de tuer. » Tout ukrainien peut aussi détenir une arme sans autorisation depuis le 4 mars. Les équipements militaires russes (flanqués d’une lettre Z ou V ou O de couleur blanche) détruisent tout sur leur passage. « Poutine veut acculer les civils en les privant de tout, de l’eau, du gaz, de l’électricité, et briser l’esprit de résistance. L’Ukraine plie mais ne cèdera pas. Les pouvoirs sont présents, ils n’ont pas fui et Zelinski est enfin devenu le vrai président du peuple. »

Agir selon ses moyens

Yuliya sait qu’il n’y aura pas d’intervention de l’OTAN dans son pays, alors elle rêve en secret d’une véritable union européenne contre la guerre. « Les Ukrainiens de France et d’ici en Bretagne doivent tous se mobiliser. Les français et les bretons aussi, tout le monde peut s’engager à son niveau et selon ses moyens. » De son côté, depuis le debut de la guerre, elle collecte des dons en faveur des militaires et des civils de Jytomyr (lire plus bas). « C’est ma thérapie, je suis en lien avec eux chaque jour », la liste est affinée au plus près des besoins. « Tout est prévu. Un  convoi de Jytomyr arrivera à la frontière pour récupérer les dons, malgré la difficulté en approvisionnement de carburant. »

Sachant que les prix ont doublé, voire triplé depuis le début du conflit, ces dons seront plus que bienvenus.  Pour les dons d’argent, la jeune femme conseille de se rapprocher des associations (Croix rouge, Unicef, Agence des nations unies pour les réfugiés, Aide médicale et caritative France Ukraine, Médecins sans frontières, Fondation de France,….).

Yuliya Bilousenko est une Ukrainienne originaire de Jytomyr, une ville garnison sous les bombes et missiles russes. Sa thérapie pour ne pas sombrer est d’aider les siens à travers une collecte pour les militaires et civils.
Yuliya Bilousenko est une Ukrainienne originaire de Jytomyr, une ville garnison sous les bombes et missiles russes. Sa thérapie pour ne pas sombrer est d’aider les siens à travers une collecte pour les militaires et civils.

 

La collecte pour les militaires et les civils

Comme le dit Yuliya, « chacun peut aider à son échelle, avec ce qu’il a ». En contact avec l’armée ukrainienne et les civils restés sur place, elle a dressé une liste des produits nécessaires en priorité. Il y a deux types de produits à donner pour cette collecte, qui est réalisée tous les jours de 10 h à 12h au local de Légumes et fruits et du Mené près de Géotexia, à Saint-Gilles-du-Mené.

Tout d’abord une collecte pour les militaires ukrainiens car « ils manquent  cruellement de matériel ». Ils ont besoin de casques de combat, lunettes de vision nocturne, gilets de combat accompagnés de leurs plaques, genouillères, coudières, caméras thermiques, optiques avec détection thermique, de harnais « soutiens épaules », d’huile pour les armes (la même que pour les machines à coudre), de générateurs, de sacs tactiques de combat, de camouflages et cagoules, de lumières tactique, de tronçonneuses, de piles AA ou AAA, de chaussures et chaussettes chaudes. Tous ces équipements peuvent sembler difficiles à trouver pour un citoyen lambda mais sont en fait disponibles dans les surplus militaires à Rennes et Ploërmel, et sur internet. Au niveau médical, sont demandés trousse de secours, garrots, bandages, compresses, fil pour suturer, désinfectant et antiseptique (chlorhexidine, utilisé pour les bains de bouche).

Pour les civils sur place, Yuliya collecte des bonnets, gants et chaussettes chaudes. Mais aussi de l’alimentation sèche (boîtes de conserve, pâtes, riz, sucre…), des produits d’hygiène, ainsi que du café soluble et du thé « qui sont très importants dans notre culture ». Les produits pour les enfants en bas âge  manquent. Les couches 1er âge, l’alimentation et le lait en poudre pour bébé ainsi que le talc sont plus qu’utiles.

« Il est vraiment primordial de s’en tenir à cette liste » insiste Yuliya qui a reçu  un don de pommes de Gilles Guillard de Gaël. Les fruits sont  en vente « pour récolter de l’argent afin d’’équiper les militaires ukrainiens. »

Une fois les cartons de dons remplis, étiquetés en deux langues et scotchés les camions partiront pour Jytomyr. Vous pouvez également venir avec votre scotch et vos cartons et offrit à Yuliya quelques heures de votre temps. Un prêt de transpalette serait aussi bienvenu.

Pratique : Contact exclusivement par SMS au 07-80-35-74-98 ou sur la page Facebook LFM22.

 

  1. […] Le Mené: Pour Yuliya, « ce n’est pas la guerre, c’est un génocide » est apparu en premier sur Hebdo […]