Election présidentielle: Vos députés expriment leur ressenti

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Dans un mois, se déroulera le premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Une échéance qui intervient dans un moment de crises sanitaire et géopolitique. L’Hebdomadaire d’Armor a interrogé nos quatre députés de proximité pour avoir leur avis sur la situation actuelle : Hervé Berville, LREM (Dinan) ; Marc Le Fur, LR (Loudéac-Lamballe) ; Paul Molac, Libertés et Territoires (Ploërmel) ; et Claudia Rouaux, députée PS (Saint-Méen, Montauban, Montfort). Il est à noter que Marc Le Fur et Paul Molac ont répondu à ces questions juste avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

L’Hebdo d’Armor : À quelques semaines de l’élection présidentielle, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Hervé Berville : Comme tout le monde, je suis préoccupé par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cette guerre déclarée par le président russe est inquiétante pour l’avenir de l’Europe et de par les conséquences qu’elle pourrait avoir sur nos vies. Elle aura notamment un impact sur le cours du blé alors que nos producteurs subissent déjà la hausse du prix de l’alimentation et donc de leurs charges. Les filières ne peuvent pas être prises en otage par ce conflit et le gouvernement va continuer de protéger et soutenir les agriculteurs. Il y a aussi le risque de l’augmentation du prix du gaz, un sujet sur lequel nous travaillons déjà depuis des semaines. Notre souveraineté, notre liberté, notre sécurité, nos valeurs françaises et européennes sont menacées, nous devons faire front collectivement. L’élection présidentielle approche mais je reste député jusqu’à la mi-juin. La priorité demeure jusqu’au bout la défense des dossiers du territoire et les travaux à l’Assemblée nationale qui se poursuivent exceptionnellement.

 

Hervé Berville, député de la circonscription de Dinan
Hervé Berville, député de la circonscription de Dinan

 

Marc Le Fur : Je crois qu’il faut saisir la gravité du moment que nous vivons. Nous allons peut-être vivre une forme de sortie de la crise sanitaire, probablement sans sortie de la pandémie.

Nous allons devoir prendre conscience de l’état calamiteux de nos finances publiques, de la dette du pays. L’inflation redémarre et va peser considérablement sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens. Les carburants, l’électricité, le gaz, les ordures ménagères, l’eau, toutes les dépenses incompressibles de nos foyers augmentent et grèvent le pouvoir d’achat de chacun. Le gouvernement a-t-il vraiment conscience de l’impact de ces hausses pour nos concitoyens qui vivent en milieu rural ? Les hausses des prix de l’aliment du bétail mettent notre agriculture dans une situation très difficile. Il faut rebâtir l’hôpital et trouver des médecins dans les campagnes. On découvre des faits intolérables dans certains EHPAD et la guerre se ravive aux portes de l’Europe.

Il y a néanmoins quelques points positifs. Je pense notamment à certains effets de la pandémie. Notre milieu rural est devenu une véritable valeur refuge. Les citadins sont à la recherche d’une maison avec jardin afin d’y vivre une vie de famille sereine. Le télétravail le leur permet. Ils peuvent apporter du dynamisme à nos secteurs ruraux sous réserve que nous sachions maîtriser le prix du foncier. Fondamentalement, je crois que ces périodes de crise peuvent créer des opportunités sous réserve que l’on sache ne pas céder aux modes du moment, saisir les vraies opportunités et garder la tête froide.

Paul Molac : Je reste dubitatif. Les questions essentielles ne me semblent pas abordées. Les journalistes et politiques des médias nationaux accaparent les thèmes et ils sont rarement ceux du milieu rural et de nos difficultés quotidiennes. Les citoyens en parlent peu, la pandémie ne favorise sans doute pas la campagne. Le choix de l’électeur se fera probablement au dernier moment comme en 1981.

Claudia Rouaux : La gravité de la situation géopolitique vient percuter de plein fouet l’actualité. En responsabilité, je suis investie dans mes fonctions, à l’écoute des citoyens et au travail sur des dossiers, car j’entends être utile. Le temps est toujours à l’action. Il y a quelques jours, je siégeais à l’Assemblée nationale pour défendre le plafonnement des frais bancaires, voter l’allongement du délai légal pour recourir à l’interruption volontaire de grossesse, ce qui constitue une nouvelle avancée pour les droits des femmes, ou encore écouter la déclaration du président de la République sur la guerre en Ukraine.

Le temps de l’élection approche, les citoyens auront à choisir entre plusieurs visions de l’avenir de notre pays. Il faut avoir conscience de la chance que nous avons de vivre dans une démocratie. La guerre en Ukraine est un électrochoc : qu’elle soit l’occasion de démontrer, s’il le fallait encore, que la démocratie est un bien précieux. C’est dans un esprit combatif que j’aborde cette échéance. Je ne me résous pas à un discours de repli car la France a des atouts pour relever – dans la justice – les défis du siècle.

 

L’Hebdo d’Armor : En tant que parlementaire, quel bilan faites-vous de ces cinq dernières années (points positifs et négatifs) et quelle est à vos yeux la loi la plus importante votée durant le mandat d’Emmanuel Macron ? 

Hervé Berville : Je considère que ce n’est pas l’heure du bilan car le mandat n’est pas terminé, nous n’en avons pas encore fini avec la crise sanitaire et nous sommes confrontés à une guerre aux portes de l’Union européenne. Beaucoup de choses peuvent encore se passer au cours des trois prochains mois. Ces dernières années et maintenant ces dernières semaines nous ont enseigné qu’il ne faut pas faire des constats trop rapidement, prendre des situations pour acquises et il faut toujours faire preuve d’humilité. Je peux souligner des avancées qui me paraissent particulièrement importantes car elles ont apporté des changements concrets. Un engagement de 2017 était le retour des services publics de proximité dans nos communes rurales. Nous avons aujourd’hui 5 maisons France Services dans la circonscription, à Evran, Plouasne et Caulnes notamment. Il en faut au moins une par canton pour garantir un accompagnement personnalisé dans tout type de démarches administratives à moins de 30 minutes. Avec la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel nous avons renforcé l’apprentissage, le nombre de contrats dans le département a été multiplié par deux ces dernières années. En 2019, nous avons supprimé le numérus clausus, le quota qui limitait depuis les années 70 le nombre d’étudiants en médecine. C’était indispensable pour lutter efficacement contre la désertification médicale, 10 000 médecins de plus vont maintenant pouvoir être formés et venir exercer dans nos territoires. Les lois appelées « EGALIM » qui fixent comme principe que le coût de production doit être pris en compte dans le prix payé aux agriculteurs par les distributeurs étaient une nécessité absolue. Les agriculteurs ne seront plus la variable d’ajustement de la guerre des prix et le combat continue sur le terrain. Le plan de relance c’est aussi un budget que nous avons voté pour financer des projets locaux, comme par exemple la réhabilitation des friches que je défends depuis le début du mandat, à Yvignac-la-Tour ou encore à Plumaugat. Il y a des sujets sur lesquels nous devons aller plus loin ou faire mieux. Le Ségur de la santé c’est 19 milliards d’investissements dans l’hôpital public, 70 millions rien que pour l’hôpital de Dinan, après 12 milliards de coupes budgétaires en 10 ans. Le travail n’est pas fini pour améliorer notre système de soins, en réduisant encore la part de la tarification à l’activité. Nous avons investi plus de 2 milliards d’euros dans les EHPAD, créé 20 000 postes de soignants, renforcé l’aide à domicile, mais ce n’est pas suffisant pour faire face aux défis du grand âge. A l’école, nous avons beaucoup avancé sur l’accompagnement des élèves en situation de handicap et je souhaite que des mesures supplémentaires soient prises pour faciliter le quotidien des familles.

Marc Le Fur : Pour moi, ce mandat que l’on nous présentait sous l’angle du renouvellement n’a rien renouvelé du tout. Au contraire, jamais l’exécutif (le président de la République et le gouvernement) a si peu tenu compte de l’avis du parlement. Je crois que si on nous avait écoutés, nous aurions pu éviter la crise des gilets jaunes. Si on nous avait fait confiance, on aurait pu gérer la crise sanitaire différemment. Personne, aussi brillant soit-il, ne peut gouverner seul. Je vois aujourd’hui, des jeunes et brillants députés de la majorité présidentielle qui renoncent à se présenter pour un deuxième mandat tant ils sont dégoûtés.

Il est urgent que l’exécutif retrouve le goût du dialogue avec les gens, avec les territoires, avec les réalités locales. Il faut cesser avec ces expressions à l’emporte-pièce sur les Français qui ne seraient rien ou qui seraient des sous citoyens. Il est indispensable de se rassembler et de cesser de diviser les Français selon les intérêts politiciens du moment. La gravité du moment exige que la France se rassemble et que, pour cela, elle ait un président, ou une présidente, qui ait le désir de les rassembler.

 

Mar Le Fur, député de la circonscription de Lamballe et Loudéac

 

Paul Molac : La promesse de simplification administrative et d’un pouvoir avec des logiques descendantes où l’on part de la réalité des Français et de la vie des territoires n’a même pas eu un début de réalisation. Le pouvoir s’est encore plus centralisé en donnant plus de capacité de décisions à l’administration et aux préfets au détriment des territoires.  Je le regrette profondément.

La fracture avec une partie des Français s’est aggravée. Certains citoyens ont l’impression d’être méprisés par le pouvoir, ce n’est pas bon. En Bretagne, l’économie se porte bien, en particulier l’industrie. Je note par contre globalement que l’emploi industriel recule encore en France et cela m’inquiète. La crise covid a été évitée à grand renfort d’argent public, donc de déficit public. Je crains l’après présidentielle sur ce point.  Si j’ai pu soutenir certains textes avec lesquels j’ai manifesté mon accord, aucune grande loi ne me vient en tête. Elles manquent bien souvent de fond et restent superficielles, voire parfois trop empreintes d’idéologie et pas assez de pragmatisme.

Claudia Rouaux : Ce quinquennat restera dans l’histoire marqué par la crise sanitaire, qui a profondément impacté nos vies.  Je salue la gestion économique de la crise du Covid-19 avec des dispositifs ayant permis de préserver des emplois et d’aider les entreprises, grâce à une intervention volontariste de l’Etat. La pandémie fut aussi révélatrice des forces et des faiblesses de notre système de santé : l’insuffisance des rémunérations du personnel soignant et des investissements pour l’hôpital public, malgré le « Ségur de la santé ».

Mais ce bilan est aussi marqué par l’injustice : la suppression de l’ISF pour les ménages les plus aisés, et les réformes successives des APL qui ont permis de faire 10 milliards d’économies au détriment des personnes les plus modestes. J’y ajoute par ailleurs l’échec de la réforme des retraites, adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale puis suspendue pendant le confinement, à laquelle j’étais opposée.

L’Hebdo d’Armor : Que pensez-vous de l’ambiance de la campagne et de la teneur des débats ?

Hervé Berville : Les débats n’ont manifestement pas été dignes des enjeux auxquels notre pays fait face et n’ont pas été en phase avec les véritables préoccupations de la vie quotidienne. J’estime que ce qui est nécessaire et attendu ce sont des débats de fond à la fois à hauteur de femme et d’homme et avec des visions sur le temps long. La campagne est un moment politique mais il ne faut pas oublier que nous préparons maintenant l’avenir de la France sur 5, 10, 30 ans. La question du logement par exemple doit être centrale car il reste le premier poste de dépense des Français et c’est un réel enjeu pour l’égalité entre les territoires et l’aménagement du territoire. Il faut aussi aborder la question du pouvoir d’achat avec des solutions immédiates et sur le long terme. La guerre en Ukraine pèse désormais sur la campagne présidentielle et face à la gravité des événements, c’est plus que jamais l’unité qui doit prévaloir, c’est ce qui fait notre force.

Marc Le Fur : Cette ambiance ne me plait pas. Les commentateurs s’intéressent plus à la forme de la campagne qu’au fond des programmes. Les commentaires sont souvent des critiques des personnes plus que des critiques de projets.

Il est urgent que nous revenions au fond des choses : le pouvoir d’achat des Français, l’attention aux familles et à nos anciens, la lutte contre la bureaucratie qui, devenue numérique, devient de plus en plus complexe et sans moyens de recours, l’équilibre de nos finances publiques, le respect de tous les Français, y compris ceux qui vivent en milieu rural avec des contraintes spécifiques, la protection de nos entreprises dans un contexte de distorsion de concurrence, la lutte contre l’islamisme et contre le terrorisme, la maîtrise de l’immigration, l’indépendance de la France, son rôle en Europe…

Paul Molac : Je la trouve très parisiano-centrée en se focalisant sur des petites phrases prononcées sur des plateaux télés et les réseaux sociaux ou pire, sur des idées racistes.  Pour moi, les questions essentielles dont les citoyens me parlent sont :

Le logement : Le prix du terrain et des matériaux augmentent considérablement ce qui plombe le pouvoir d’achat des jeunes et des locataires. Il est très difficile de trouver des logements. Le logement est une réponse importante à la crise du pouvoir d’achat.

La résorption des déserts médicaux et le financement des hôpitaux de proximité comme ceux de Ploërmel, Redon, Pontivy.

La suradministration et le manque de décentralisation. Les élus ne peuvent plus s’adapter aux besoins de leurs citoyens et se retrouvent à appliquer des règlements qui sont faits par l’administration et le gouvernement sans pouvoir les adapter aux réalités locales. Nous avons besoin d’un choc de décentralisation.

Paul Molac, député de la circonscription de Ploërmel

 

Claudia Rouaux : C’est une campagne présidentielle inédite qui s’ouvre, caractérisée par une sortie progressive de la crise sanitaire, par un conflit d’une grande gravité à l’est de l’Europe, et par des inquiétudes de nos concitoyens, bien que je mesure l’espoir d’un avenir meilleur.

Que cette campagne soit l’occasion de parler des vrais sujets, en confrontant les projets, loin des petites phrases et des polémiques qui abaissent le débat public. Je crois à une France des solutions, sur le pouvoir d’achat, sur la présence des services publics en particulier en milieu rural, sur une transition écologique juste et progressive, sur l’amélioration de notre système éducatif et sanitaire qui demeure le bien de ceux qui n’en ont pas.

 

L’Hebdo d’Armor : Avez-vous parrainé un candidat ? Si tel est le cas, lequel et pourquoi ?

Hervé Berville : J’ai parrainé Emmanuel Macron. Le parrainage est avant tout un acte démocratique, pour ma part c’est aussi une marque de soutien envers le président de la République en accord avec la constance de mes convictions.

Marc Le Fur : Je pense que dans les périodes de bouleversements il faut savoir faire preuve de constance. J’ai naturellement parrainé la candidate de ma famille politique, Valérie Pécresse et je m’engage dans sa campagne. Elle me surprend jour après jour par la précision et la justesse de son analyse et c’est cela qui importe. Elle est une candidate énergique et déterminée. C’est quelqu’un qui sait que mener une action politique c’est avant tout faire des choses plutôt que de battre les estrades. La période qui s’annonce sera difficile et complexe. Depuis cinq ans, nous faisons l’expérience d’élus qui, eux-mêmes, se qualifient d’ “amateurs”. Je crois que cette fois-ci nous avons besoin d’une personnalité d’expérience entourée d’une équipe d’expérience. C’est le cas de Valérie Pécresse qui sera, j’en suis sûr, la première présidente de la République.

Paul Molac : Je n’ai parrainé aucun candidat.

Claudia Rouaux : Dans la fidélité à mes valeurs de gauche, j’ai parrainé Anne Hidalgo. Elle porte un projet axé sur des priorités : la santé, l’éducation, la réduction des inégalités et la lutte contre le dérèglement climatique.  Renforcer « le pouvoir de vivre », c’est une ambition que je partage. A titre d’exemple, elle propose la baisse de la TVA à 5,5% sur les carburants, l’augmentation du SMIC de 200 euros nets, le maintien de l’âge légal de départ à la retraite et une réelle prise en compte de la pénibilité, la lutte contre les déserts médicaux…  Enfin, sa stature internationale, son expérience de l’action publique et sa maîtrise des dossiers constituent des atouts pour engager des réformes de progrès et affronter les crises.

Claudia Rouaux est la députée de Saint-Méen, Montauban, Montfort.

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