La reconquête de la qualité de l’eau nous concerne tous

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Ce n’est un secret pour personne : la qualité de l’eau est un enjeu environnement, sanitaire, économique de premier plan. Agriculteurs, aquaculteurs, consommateurs, touristes, tout le monde est concerné et partout. La remise dans son lit d’un ruisseau à Trémeur, commune proche de Broons, éclaire cette question d’une lumière nouvelle.

Quel est le point commun entre une herse étrille, un ruisseau remis dans son talweig (lit originel), et un couvert végétal ? Ils concourent tous à améliorer la qualité de l’eau. Il y a quelques jours, une assemblée a réuni le sous-préfet de Dinan, des maires, des responsables de tous bords pour évoquer la question de l’érosion et par conséquent celle de la qualité de l’eau. Et pourquoi  à Trémeur ? Parce qu’ici, coule un ruisseau nommé Mirbel et que ce ruisseau fait l’objet de toutes les attentions depuis deux années. En partenariat avec Lamballe Terre et Mer, le SMAP, et bien d’autres organismes, il a retrouvé son lit d’origine.

Un laboratoire d’idées

Pour Jean-Luc Barbot, vice-président de Lamballe Terre et Mer, en charge de la transition écologique et énergétique « ce n’est pas le seul chantier de ce type sur le territoire mais le Mirbel est un cas d’école. Je pourrais même dire que c’est un laboratoire d’idées qu’il va falloir observer sur le long terme et ne pas hésiter à faire valoir à tous ceux que la qualité de l’environnement intéresse ».

Ce ruisseau, affluent de la Rosette coulait sur une hauteur, défiant toutes les lois de gravité. C’est parce que à une certaine époque, lointaine sans doute, il avait été détourné de son lit pour des besoins agricoles ou autres. Sur presque deux kilomètres, il a retrouvé son lit d’origine. Et pourquoi ce soudain intérêt pour ce ruisseau ? « Il faut d’abord préciser que ce chantier a été possible grâce à l’accord des agriculteurs concernés par les parcelles. Cette remise en talweig a plusieurs objectifs. Le premier est de limiter l’assèchement en été et les inondations en hiver. Le second est de favoriser une auto épuration de l’eau. Et enfin, la biodiversité va s’en trouver renforcée », explique Jérôme Rouxel, technicien en milieu aquatique de Lamballe Terre et Mer.

Retour de la biodiversité

Depuis ce chantier, le ruisseau a déjà repris de la vigueur en matière de biodiversité. Avant les travaux, une pêche électrique avait été organisée et le moins que l’on puisse dire c’est que la pêche n’avait pas été miraculeuse : une ou deux truites et quelque menu fretin. « Ce ruisseau était une rivière perchée, sans lumière, sans activité piscicole. Il est désormais reconnecté à la nappe phréatique et on a déjà revu plusieurs truites, des chabots et les plantes aquatiques s’y développent », ajoute Jérôme Rouxel.

Limiter l’assèchement, éviter les inondations, ne sont pas les seules actions mises en œuvre pour reconquérir la qualité de l’eau.

Le bon sens paysan

Guy Corbel qui exploite les parcelles le long du Mirbel en sait quelque chose. Il utilise, comme de plus en plus d’agriculteurs un peu partout, des techniques qui visent à limiter l’érosion des sols et l’utilisation de pesticides, ce qui évidemment a un impact direct sur la qualité de l’eau. Dans la parcelle, une herse étrille a été apportée à l’occasion de la visite. « Cet outil a plusieurs avantages : il permet de travailler le sol même après le semis, de maïs par exemple. Donc en cassant la couche superficielle, en effaçant les traces de roues, on limite l’érosion. En intervenant à l’aveugle, avant la levée puis après la levée, on peut sérieusement diminuer l’utilisation de pesticides, voire la supprimer selon le nombre de passages », explique l’agriculteur.

Il y a deux ans, en 2019, Guy Corbel qui faisait partie déjà du groupe de pilotage des actions agricoles sur le bassin versant de l’Arguenon, affirmait : « Concernant les actions à déployer, il faut faire preuve de bon sens paysan, uniquement. »

Parmi les actions menées un peu partout, il y a aussi les plantations de haies via le programme Breizh bocage, les modifications d’ouvertures de champs dans lesquelles l’eau peut s’engouffrer en cas d’orages violents, la création de talus ou de billons de terre pour retenir la boue.

Un effet d’entraînement

Dans beaucoup de communes depuis 2017, des commissions se sont mises en place pour travailler sur l’érosion. Corseul a fait figure de pionnière. Les élus de cette commune sont venus expliquer leur démarche aux élus de Trémeur et Rouillac. « Nous avons aussi pris notre bâton de pèlerin, non pas pour nous ériger en exemple mais pour apporter notre témoignage et faire en sorte que le plus de communes prennent ce dossier en main », explique Francis Dault, maire de Trémeur. Mégrit, Sévignac, Plénée-Jugon, Pluduno, Broons ont suivi. « Actuellement, 19 communes sont dans la démarche ce qui fait à peu 71 % de la superficie du territoire. On ne peut que se féliciter de cette avancée », explique Michel Raffray, président du SMAP (syndicat mixte Arguenon-Penthièvre). Le même type de travail est également en cours sur Dinan Agglomération, à Hénanbihen.

Sur le long terme

Toute la terre qui sera retenue en amont, tous les pesticides qui seront filtrés ou ceux qui ne seront pas utilisés seront autant de points gagnés pour la qualité de l’eau. « Il est vrai que certains peuvent s’impatienter, trouver que ça n’avance pas assez, qu’il y a trop de pollution, que ça ne bouge pas. Il est important de dire qu’il s’agit ici d’un travail de longue haleine. Quand on parle de nappe phréatique, on oublie de dire que dans cette nappe, il y a beaucoup de sortes d’eaux qui la composent : celle qui date de quelques jours, celles qui sont là depuis quelques semaines, depuis des mois ou des années. Les molécules qu’on y trouve ne datent pas toujours d’aujourd’hui », insiste Jean-Luc Barbot qui connaît son sujet pour avoir milité des années au niveau associatif avant d’être élu.

Tout le monde concerné

Ce travail concerne tous les secteurs, tous les cours d’eau, tous les bassins versants parce que les orages, l’érosion, les coulées de boues, le ruissellement de particules indésirables sont présents partout. Toutes les retenues d’eau, toutes les usines de traitement d’eau doivent faire face à ce problème. Michel Raffray aime à citer quelques chiffres qui parlent. « On récupère 30 000 mètres cubes de boue par jour à l’usine de Pléven. Ça fait en moyenne 7 à 8 tonnes de terre par jour pour 30 000 tonnes d’eau prélevées. Sachant qu’on ne prélève que 10 % de l’eau, si on prélevait toute l’eau, on aurait 25 000 tonnes de terre par an à récupérer. Cela équivaut à 5 hectares sur une épaisseur de cinq centimètres de terre arable », dit-il. Pour rappel, la Ville Hate à Pléven alimente en eau potable 110 communes des Côtes d’Armor et du Nord de l’Ille et Vilaine.

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