A Ménéac, Jean Guillo a “donné le la” à L’Hermine

Posté dans : Article à la une 1

Jean Guillo  a longtemps organisé sa vie autour de sa passion : L’Hermine. Cette association qui a fait rayonner Ménéac il fut un temps bien au-delà des frontières communales, il y est entré en 1946 à l’âge de 7 ans puis l’a portée aux nues de 1957 à 1987. Des souvenirs, il en a plein la musette. Lire en page 2.

Originaire de Ménéac, Jean Guillo, fils unique de parents paysans, a grandi avec L’Hermine, cette association fondée par l’abbé Huet en 1894. Au départ,  la première section, la musique, était destinée à occuper les jeunes de la commune. Après-guerre, suite à la volonté de la paroisse d’avoir un lieu dédié, la salle du patronage est en projet dès 1946. C’est à ce moment que Jean intègre L’Hermine pour jouer du clairon, en culottes courtes puisqu’il n’a que 7 ans.

L’année suivante, les travaux débutent sous l’égide de l’entreprise Nayl de La Trinité-Porhoët, avec l’aide de bénévoles. « Pendant les récréations, nous, les élèves de l’école St Jean Baptiste allions porter les pierres nécessaires au chantier, l’eau était amenée par des charrettes et la pierre au-dessus du calvaire provenait d’un don de mes parents » se rappelle Jean. La salle est inaugurée le 28 novembre 1948 avec l’abbé Cadoret.

Comme Poulidor, on était souvent 2e

En 1952, Jean entre au petit séminaire à Ploërmel. En 1957, de retour à Ménéac, il développe la section football avec l’abbé Bernard et intègre la section théâtre. Les sections majorettes puis  volley n’arriveront que beaucoup plus tard. En 1964, il est diplômé moniteur de musique. Comme son dada c’est la musique, il se voit confier la responsabilité de cette section le 2 septembre 1969 ; il a alors 30 ans et joue toujours du clairon et aussi de la trompette d’harmonie. A partir de ce moment, Jean n’aura jamais de cesse de « donner le la » à L’Hermine. « On a commencé à participer à des concours de batterie-fanfare (ou clique) et rencontré d’autres formations comme la nôtre comme celles de Quédillac en Ille et Vilaine et de Plumaugat en Côtes d’Armor. Les habitants étaient fiers de nous. On ramenait souvent des médailles et des coupes mais on était comme Poulidor, on finissait souvent 2e. Le palmarès se jouait parfois à un demi-point près. » Tous les musiciens jouaient alors à l’oreille. Ils apprenaient la partition au tableau. Sur l’instrument, chaque piston correspondait à un chiffre qui correspondait à une note de musique.

1976, année inoubliable

En 1971, après le départ du dernier vicaire, Jean Guillo est nommé directeur général de L’Hermine, toutes sections confondues. En 1975, il organise l’inauguration du stade et fait venir jouer le Stade rennais contre l’US Berné. Jean décide à son tour d’organiser un évènement dans sa commune. « Le 9 mai 1976, L’Hermine organisait à Ménéac le tout 1er concours départemental de musique, de gym et de majorettes. Pour ces dernières, c’était également le 1er concours dans le coin. C’était fou, on a eu plus de coupes qu’il ne fallait. Il y avait 2 000 participants au stade, et 3 à 4 000 personnes s’étaient déplacées. On n’en revenait pas de voir autant de cars dans la commune ! » poursuit-il. Toujours prêt à foncer, en 1977, alors que la musique est réservée à la gent masculine, Jean casse les codes et incorpore des jeunes filles quitte à essuyer des remarques mais qu’importe. La même année, L’Hermine organise aussi à Ménéac la finale départementale de la coupe du Conseil général ; l’équipe de foot locale arrive en demi-finale.

En 1978, au concours régional des batteries fanfares à Josselin « où il pleuvait des cordes », j’ai reçu le 1er prix de direction pour l’exécution du morceau au choix. » Il n’était pas rare de voir 4 quatre cars de supporters se déplacer avec les musiciens ménéacois pour les encourager. Chaque dimanche, L’Hermine se produit dans les écoles, les kermesses et fêtes de village. « Tout le monde nous demandait ! »

Merci Bernadette

Porté par le succès et les récompenses, Jean Guillo organise sa vie autour de l’association qui prend de l’ampleur. « Dans les années 80, j’allais au théâtre les lundi, mercredi et vendredi, à la musique les mardi et samedi. Le jeudi, je préparais les équipes de foot pour le dimanche et ce jour-là, j’étais sur les terrains à arbitrer » relate notre octogénaire qui vit toujours dans la maison de ses parents, avec Bernadette, son épouse. « Sans elle, je n’aurais jamais pu assumer ces responsabilités. Tandis que j’étais dans mes fonctions associatives, mon épouse faisait tourner notre exploitation polyculture et s’occupait le soir de nos 5 enfants. L’Hermine c’était ma 2e famille. D’ailleurs, nos enfants y sont tous entrés ensuite. » Avec tout cela, on pourrait penser qu’il a rencontré sa douce au sein de l’association. Et bien non, « nous nous sommes connus à la chorale de la paroisse. » Voilà 59 ans que les tourtereaux sont unis.

En 1981, L’Hermine passe du statut de batterie-fanfare à celui d’harmonie. En 1982-83, une section majorettes se forme dans le but d’accompagner les musiciens dans leurs sorties. En 1984, nouvelle distinction avec le fanion départemental ramené du concours de musique FSFC de Questembert.

Cette longue carrière associative lui vaut de nombreuses distinctions : insigne de vermeil du dévouement fédéral en 1974, médaille de bronze de la Jeunesse et sports en 1975, médaille de vermeil de la ligue de Bretagne de football en 1977, médaille d’argent de la Jeunesse et sports en 1981, la plus haute distinction de la FSCF en 1984 et même la médaille de l’Assemblée nationale le 29 novembre 1987. En revanche, jamais la médaille communale ne lui sera décernée…

« Un coup d’état »

Jean Guillo aurait-il éveillé des envies dans sa commune ? Nous n’avons pas la réponse mais quoiqu’il en soit, quelques jours après la remise de la dernière distinction, soit « le 5 décembre 1987, j’ai été purement et simplement évincé de L’Hermine lors d’une assemblée générale bidon. Une personne en particulier m’a demandé de cesser toutes mes fonctions sur le champ. Aucun des 47 musiciens présents n’a réagi. J’ai ressenti comme un coup de poignard dans le cœur, comme au bord de la dépression. Le 9 décembre, j’ai rendu la mort dans l’âme tous les statuts et tous les cahiers de musique. » Cet instant, Jean l’appelle « un coup d’état. Mon départ sonnera le glas de L’Hermine

Vivre sans musique est tout simplement impossible pour Jean ; il jouera alors dans les cérémonies patriotiques dans les communes du Porhoët pendant plus de 20 ans. En 2008, il met fin à sa carrière de musicien au cours de la Sainte Barbe à Mohon, « après 62 ans de bénévolat à Ménéac, mais ici, on oublie vite et on ne connait pas le mot reconnaissance. Après tout ce temps, j’ai pardonné mais je n’oublie pas. Je suis quand même très content de tout ce que j’ai fait pour la commune et L’Hermine. Cela a permis à Ménéac de se faire un nom. »

Rebondir coûte que coûte

Aujourd’hui, Jean a tourné la page, ou presque. Il n’a jamais repris de responsabilités associatives, il œuvre désormais en faveur de la paroisse. « J’anime et conduit les obsèques. Pour un côté pratique et parce que je vieillis aussi, je reçois les familles en deuil à la maison, c’est plus intime. Et puis chez nous, la famille c’est sacré ! Avec nos 5 enfants, on a aussi 12 petits-enfants et 3 arrière-petits-enfants. Une visite, ça fait toujours plaisir, si ce n’est pas en arrivant, c’est en partant ! » rebondit Jean Guillo, l’homme qui ne laisse jamais abattre et qui le sens du bénévolat comme personne.

  1. Raulet
    | Répondre

    C’est vrai il faisait bon vivre à ménéac ces années la il y avait de l’animation, JEAN était connu pour son dévouement, la critique est très facile mais personne n’a repris le flambeau c’est bien dommage . Merci à JEAN GUILLOT

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *