Crise sanitaire: les conseils d’un psychologue

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Voilà près d’un an que nos vies sont bouleversées de façon déroutante par un fichu virus qui génère inévitablement stress, anxiété, mal être. Exit toute embrassade, toute poignée de main, toute activité sportive ou culturelle, toute vie sociale. Cette privation soudaine de liberté nous affecte tous profondément à un moment ou à un autre et ça pèse très lourd. Comment s’en accommoder ? Comment rebondir ? Nous avons posé la question à Thierry Talhouët, psychologue, qui livre volontiers son point de vue de professionnel.

 L’Hebdo d’Armor : Thierry Talhouet, présentez-vous en quelques mots…

Thierry Talhouët: Psychologue, je le suis devenu pour un faisceau de trois  raisons, tout d’abord en été 1969, lorsque Amstrong a marché sur la lune j’ai été fasciné par cet acte des hommes, aller sur la lune, comme si on entrait dans l’imaginaire, je me souviens de cet extraordinaire moment, j’avais juste 8 ans. Cela aura été la première  étape de ma trajectoire. Ensuite, à l’adolescence, je me suis ouvert aux autres et j’ai ressenti dans la rencontre avec mes pairs une diversité des vécus, des façons de penser, d’exprimer, d’agir et cela a engendré chez moi un étonnement, du questionnement, je voulais comprendre comment fonctionnait l’être humain dans sa tête. Enfin, au moment de l’orientation, avec un parcours biologie, j’éprouvais cette étrange impression qu’il manquait quelque chose à cette discipline pour expliquer le fonctionnement de l’humain, c’est ainsi que je me suis décidé à poursuivre des études de psychologie. Une aventure extraordinaire et épanouissante.

Mon parcours professionnel est volontairement diversifié, enfant, adolescent, adulte mais aussi souffrance, maladie, mal être, formation, exercice en libéral, hôpital, en institution. L’humain est partout et à chaque moment de son expression de vie, il y a place au psychologue.

L’HA : Quel regard portez-vous sur cette année 2020 pour le moins atypique voire anxiogène ?

TT : Nous vivons une année déroutante, confinement, distanciation sociale, attestation de déplacement, couvre-feu, l’état d’urgence, depuis un an nous nous devons d’inventer une nouvelle vie face au coronavirus. La Covid a transformé notre rapport aux autres. Le premier confinement  aura été terrible car nous avons vécu une longue période dans un état de sidération, associant, peur, mort, solidarité, mais aussi transformation du quotidien de nos vies, limitant de façon très sévère les relations, recherche de sens, aussi avec de l’humour par exemple sur les réseaux sociaux, le tout accompagné d’une météo favorable à l’extérieur. Par contre, les confinements suivants auront généré comme une mise à l’épreuve de notre santé mentale. Une période générant, des angoisses, contraignante, agressive, incertaine. Une usure de l’âme s’installant, dans ce contexte l’expression du mal être a été très importante, cette crise sanitaire planétaire est venue exacerber les symptômes, aura révélé notre difficulté à gérer l’incertitude. Cela pèse très lourd. Malgré tout, n’oublions jamais qu’au-dessus des nuages, le soleil brille toujours !

L’HA : Avez-vous été beaucoup plus sollicité en tant que psychologue en 2020 ?

TT : Sollicité certainement ! En fait, le premier confinement de mars a parfois déclenché pour des enfants des manques particulièrement dans les liens aux grands parents, réveillé des peurs, éprouvé des parents, décroché des élèves, fait se remettre en question des adultes, vivre des deuils terribles sans pouvoir se retrouver en famille, avec les proches. Il n’y avait pas de consultation possible au 1er confinement de mars avril ! Une prise de conscience aussi anxieuse de nos limites, ne pas voir le bout du tunnel aura affaibli l’énergie de vie de nombreuses personnes. Les troubles de l’anxiété, une certaine tristesse, pas forcément liée au fait de tomber malade mais plutôt à l’isolement, à moins de liberté, à plus de contraintes.

Les effets du virus dans les comportements se mesurent chaque jour mais en parler, comprendre, c’est faire face et c’est possible.

L’HA : « Avoir 20 ans en 2020 » ce n’est pas évident » avons-nous entendu, qu’en pensez-vous ? Et plus généralement y a-t-il une tranche d’âge, qui risque d’être plus affectée par cette période inédite sur le long terme ?

TT : Avoir 20 ans n’est jamais si simple et cela depuis bien longtemps. En 2020, la limitation des liens, l’arrêt des activités sportives, culturelles, restaurants, bars, les sorties contrôlées, cela affecte effectivement cet âge de la vie. L’école à distance, les masques, la limitation de ce qui est possible de vivre, tout cela s’est imposé brutalement et cela est une agression psychique sévère pour la jeunesse. Chaque âge est abîmé avec les effets de cette pandémie.

L’HA : On a aussi beaucoup vanté le télétravail, quel est votre point de vue ?

TT : La pandémie a secoué nos pratiques, le travail à distance qui arrivait de toute façon s’est installé par décision de circonstance sanitaire et sans réelle préparation. Cela aura donc donné une solution précipitée, le retour d’expérience amenant ensuite du positif mais aussi des limites, des points d’amélioration. Les entreprises au niveau des différents confinements auront souvent modifié les conditions de cette nouvelle façon de travailler. La crise sanitaire a fait gagner quatre ou cinq années dans la pratique du télétravail. Les entreprises, les salariés, mais aussi l’école avec les enseignants, les universités, cette pratique du travail à distance a fait son entrée en force, toutefois, des effets qu’il faudra traiter sont apparus comme une diminution des liens, un enferment, l’isolement du salarié, la frontière vie privée vie professionnelle à domicile.

En parallèle,  l’extérieur était fermé, les associations, la pratique des loisirs, restaurants,…  Le manque des échanges avec les collègues, l’importance d’avoir un lieu adapté chez soi, une vie familiale qui doit bien comprendre que maman, papa, travaillent à la maison. Cela nécessite une préparation, une appropriation par chacun, une organisation de vie différente.  L’avenir sera probablement dans un mixte, un peu à la maison, un peu au bureau.

L’HA : Quels sont vos premiers mots face à une personne en détresse ou mal être en raison de la COVID ?

TT : Que vous arrive-il ? Que ressentez-vous ? Permettre de raconter, exprimer, partager, dans un espace neutre, en dehors des liens habituels. Permettre de trouver du sens afin de pouvoir rebondir, reprendre le chemin de son existence. Il y a des solutions à ce qui arrive, en prendre la mesure est essentiel à chacun !

L’HA : Que pensez-vous du « chèque psy » mis en place depuis le 1er février  ?

TT : Toute décision qui permet de faciliter le mieux être, qui offre la possibilité d’exprimer ses tensions, de les comprendre, de les dépasser, est une sage et juste décision. Elle est incitatrice. Prendre soin, permettre de retrouver son élan de vie, les ressorts du mieux être, d’accompagner la personne voilà l’enjeu de ce moment pour soi. Les examens d’imagerie médicale sont d’une richesse considérable mais ne disent pas ce que vous pensez, ce que vous ressentez. Cette dimension est la porte de l’équilibre.

L’HA : Un dernier commentaire….

TT : Il nous faut apprendre à développer nos ressources intérieures pour vivre le mieux possible dans un monde imprévisible. Cette crise nous montre  combien notre santé mentale dépend de nos relations sociales, mais nous allons nous relever de ce cataclysme, la vie ne s’arrête pas comme cela, toutefois il nous faut recevoir et donner de la bienveillance, de l’humanité, de la confiance, de la liberté.

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