Caulnes: 40 ans de médecine rurale pour le docteur Haouisée

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A Caulnes, le Docteur Haouisée est parti à la retraite le 31 décembre dernier, après avoir donné quarante ans de sa vie à la médecine rurale. 

Après sept ans d’étude à Rennes et une année de thèse à l’hôpital de Ploërmel, le médecin généraliste commence sa carrière à Caulnes le 1er octobre 1980, à l’âge de 25 ans. A l’aube de sa retraite, il totalise 40 ans et 3 mois de bons et loyaux services entièrement consacrés à une « clientèle attachante » selon ses propres mots.  Plus qu’un bilan sur sa carrière, Docteur Haouisée nous livre un témoignage précieux sur son métier, son évolution et sa façon d’exercer.

Dévoué à toutes heures du jour et de la nuit

Le docteur, à l’époque travaillait tous les jours du lundi au samedi soir avec la consultation du samedi après-midi qui était la plus importante. Il était de garde toutes les nuits.  « Je me suis levé des milliers de fois la nuit. Le maximum dans une nuit, je me suis levé six fois et six fois j’ai pris ma voiture. Ça c’était le record absolu ! »

Des moments difficiles

Une de ses premières gardes est marquée par un accident de la route dramatique où des jeunes gens ont trouvé la mort. Il se souvient « d’années épouvantables en terme de décès jusqu’à l’arrivée de la ceinture de sécurité dans les voitures ».

Témoin des progrès de la médecine

Mais il est aussi le témoin de beaucoup de progrès de la médecine. Par exemple la cataracte, « il y a 40 ans, les gens opérés voyaient 2/10ème, maintenant les gens opérés voient 8 à 9/10ème !».

Philanthrope

Progressivement, Docteur Haouisée se tourne vers une certaine patientèle : les personnes âgées. En particulier du milieu rural « parce que c’est mon milieu, et puis parce que je trouve que ces personnes; qui n’ont pas eu de congés payés, qui ont travaillé tous les jours, qui n’ont pas touché le chômage et qui ne se plaignent pas de leur petite retraite on se doit quand même de les soigner et la médecine leur a apporté un plus ».

Aussi, ce médecin de famille, fait plus de la moitié de ses consultations au domicile de ses patients. « J’aime assez les visites […] quand on va chez eux, c’est un service qu’on leur rend et en plus je trouve que les gens existent plus et nous marquent plus. Ce n’est pas le même contact. »

« L’empathie, c’est-à-dire se mettre à la place des gens, était pour nous une base, prendre en charge une partie de leur détresse. Cela peut être épuisant mais pour moi ça fait partie de notre fonctionnement. Se protéger c’est bien mais il faut aussi accompagner les malades. »

Intégré dans un groupe et pédagogue

La particularité de la maison médicale de Caulnes est d’être, encore aujourd’hui, un groupe de médecins en partage d’honoraires. Pour le professionnel de la santé, c’est une chose très importante. Sans ce fonctionnement le risque est de laisser trop de place à la rentabilité et à l’individualisation aux dépens des dossiers de patients complexes qui ne trouveront pas de médecin.

Ses patients le savent, le médecin prend aussi le temps d’expliquer les choses. « J’ai toujours donné les explications des traitements et le pourquoi des examens sans dramatiser pour autant. Car ça ne sert à rien, il ne faut pas inquiéter les gens avant. »

En outre, il a également eu l’occasion d’aider quelques jeunes en leur donnant des cours de mathématiques et il a eu « le plaisir de les voir continuer dans des études supérieures ».

La retraite

Il parait qu’une retraite se prépare, mais il n’en est rien pour le médecin. Il avait bien prévu de s’inscrire à des cours d’anglais et de faire quelques voyages mais la covid a freiné ses projets.

Il nous fait même part d’une crainte lorsqu’il va raccrocher la blouse blanche : celle d’abandonner une fonction qui l’a défini entièrement pendant 40 ans pour se retrouver en tant que personne. Pas facile de passer de « Docteur » à Gilles Haouisée.

Avant de s’installer définitivement, deux ou trois médecins adjoints vont intégrer le cabinet de Caulnes pour voir si l’exercice leur plait.

Pour le docteur, « il faut s’investir suffisamment pour apprécier le métier, sinon on n’en tire pas de bénéfice. Car ici c’est une clientèle attachante avec beaucoup de retours ». Croyez-en son expérience…

Un de ses anciens collègues dira qu’il est vraiment très sympa avec les gens. Une de ses patientes de 90 ans dira que c’est « un bon docteur qui va être regretté. Il est gentil avec ses patients ».