Jean-Claude Kaufmann à Merdrignac: “On ne sait plus s’écouter”

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La conférence Laur’art de rentrée à Merdrignac, animée par Jean-Claude Kaufmann, a passionné un auditoire d’une cinquantaine de personnes. Ce sociologue de renom, qui venait en centre Bretagne pour la seconde fois, a proposé à la salle un certain nombre d’intéressantes pistes de réflexion sur l’évolution de notre société, sur fond d’un virus qui rebat les cartes et nous fragilise.  

Dans son mot d’accueil, Monique Leclerc, co-présidente de Laur’art précise ce qui a incité l’association à choisir ce thème. « Le dernier livre de Jean-Claude Kaufmann, intitulé « la fin de la démocratie » nous a interpellés. L’auteur y met en relation les cadres institutionnels de la République et le développement depuis les années 60 de l’individualisation des choix de vie, à travers une démocratie toujours plus désirée. Mais cette démocratie est-elle toujours compatible avec le fonctionnement des institutions républicaines ? Cette opposition se révèle encore plus fortement à travers la crise sanitaire que nous traversons, le confinement et le ralentissement de l’économie ».

Le virus, qui a tout de même généré un confinement simultané de quatre milliards de personnes sur la planète, a en effet  extrêmement fragilisé nos sociétés. Arraché à l’ordinaire de la vie,  cette privation de liberté a fait ressurgir chez nombre d’entre nous  l’angoisse de la mort et pour les personnes isolées a généré une grande souffrance.  Soudainement, il fallait arrêter toute vie sociale, toute effusion, toute embrassade, toute chaleur humaine.  Or cet état de fait que le sociologue qualifie de « déprise » (décrochement de la réalité), n’aurait curieusement  pas été trop mal vécu pour  deux tiers d’entre nous. Presqu’un « break »  salutaire qui a permis de se relâcher de se recentrer sur l’essentiel, de ralentir la cadence, voire de se complaire dans son cocon familial parfois dans une attitude régressive.. Le confinement a aussi été un temps où l’on a pu retrouver l’idée d’une communauté, d’un sursaut humain, d’une communion, tout particulièrement lors des applaudissements de 20 h à destination des soignants. Reste que ce désir d’humanité ne semble aujourd’hui s’exprimer qu’en cas de drame et d’une façon très ponctuelle, note Jean-Claude Kaufmann. Il donne pour exemple l’élan d’humanité à la suite des attentats de Charlie Hebdo, élan que l’on retrouve d’ailleurs cette semaine en hommage à Samuel Paty, sauvagement assassiné. Lucide, il constate que malheureusement, dans une société de plus en plus dirigée par les algorithmes, aucun projet commun de société ne s’exprime car nos impulsions, nos émotions peuvent rapidement se transformer en haine voire en violence : « on n’arrive plus à faire de récit collectif et il n’y a plus les formes d’un débat » constate le sociologue. « On n’écoute plus l’autre, on n’essaye plus d’avancer ensemble ». Jean-Claude Kaufmann pense que désormais chacun s’enferme dans une certaine bulle de certitude et que tout part d’une affirmation où chacun définit sa propre vérité.  Et là, les réseaux sociaux jouent un rôle d’accélérateur et souvent de terreau au populisme.

Pour terminer sur une note positive, le sociologue souhaite qu’une histoire alternative puisse se construire, sans doute juxtaposant des « petits mondes d’amour… »