A Paimpont, Marthe Niel, la « femme oiseau »

Posté dans : Article à la une 0

Depuis la rentrée scolaire, l’école publique communale de Paimpont porte sur sa façade un panneau en honneur de Marthe Niel. Qui était-ce cette femme dont l’établissement porte le nom ? Portrait.

Marie-Ange Denieul, dit Marthe Niel, est une pionnière de l’avion française. Elle fut la seule femme à intégrer l’école de pilotage de Paul Koechlin à Mourmelon-Le Grand dans la Marne et décrocha le 29 août 1910 le brevet de pilote, enregistré à l’Aéro-Club de France sous le numéro 226. Il s’agissait du premier brevet féminin sur monoplan et le second brevet féminin toutes catégories, le premier ayant été délivré le 8 mars 1910 sur biplans à la Baronne de Laroche.

Originaire de Cannée, un village de Paimpont, Marie-Ange, née le 29 décembre 1878, est la huitième d’une fratrie de dix enfants. Sa famille est modeste, son père, Joachim Denieul est laboureur, et sa mère, Marie-Joseph Saget, ménagère.

Elle quitte sa commune natale pour s’installer à Paris. En mai 1900, elle épouse Pierre Firmin Fontalbat, un marchand de vin. Marie-Ange travaille comme cuisinière. Leur mariage prend fin quatre ans plus tard.

En avril 1910, elle est admise à l’école de pilotage de Mourmelon-le-Grand. Trois mois plus tard, sa formation lui permet de réaliser les premiers vols. En ces débuts de l’aéronautique, les meetings aériens sont des spectacles très en vogue. Marie-Ange y participe sous le nom de Marthe Niel. L’histoire de l’aviation gardera ce nom.

Cette Paimpontaise gagne aussi le surnom « femme oiseau ». De meeting en meeting elle réalise des exploits.

Coupe des dames en 1910

Le mercredi 6 juillet 1910, le public attend avec impatience la Coupe des Dames. Très suivie par la presse, cette coupe met en concurrence la Française Élise, la Belge Hélène Dutrieu et Marthe Niel, trente ans, qui a appris à piloter sur un monoplan Koechlin.

Cette même année, elle participe à la Quinzaine d’aviation de Bruxelles et à Dijon, « Marthe Niel, qui atterrit hors du terrain dans un champ de luzerne, prend l’incident avec sourire et désinvolture. Très acclamée, elle obtient un prix spécial », note Le Petit Journal.

L’année suivante elle participe à de nombreux meetings aériens. « Surnommée la femme oiseau, elle provoque l’engouement du public et devient l’héroïne de la manifestation. Son monoplan est qualifié par les journalistes de l’époque comme gracieux, ressemblant à un énorme papillon élargissant ses ailes d’or autour de son corselet […] Serrée dans un manteau de laine blanche coiffée d’un polo rouge elle suivra l’évolution de son propre appareil, monté par Frantz, son tout jeune mécanicien de dix-sept ans dont le brevet n’a guère que trois mois. Enfin, à son tour, elle fait frémir la foule en frôlant la cime des arbres qui bordent la route de Bordeaux et pique du nez à l’atterrissage. Il y a heureusement plus de peur que de mal », raconte Paul Munoche dans « Chamiers : le premier meeting aérien de Périgueux ».

Projetée dans un champ de blé

Toujours en 1911, à Gaillac dans le Tarn, devant plus de 3 000 personnes, après le second essai Marthe décolle son monoplan. « Elle pique droit sur Guillac et effectue un virage qui lui réussit à merveille ; soudain, le moteur cesse de ronfler et le monoplan s’incline rapidement vers le sol ; une angoisse indescriptible s’empare de l’assistance, l’appareil touche le sol dans un chemin creux, l’hélice heurte  le talus et le gracieux monoplan plonge en avant, projetant l’aviatrice à 10 mètres environ dans le champ de blé », décrit Philippe Busch dans «  Une passion jusqu’au Ciel ». Marthe est gravement blessée. Elle va se rétablir mais les avions de Paul Koechlin ne fonctionneront plus très bien, le constructeur sera obligé quelques années plus tard de cesser ses activités.

« Le 18 novembre 1915, elle épouse Paul Koechlin à Paimpont, lequel décède quelques mois plus tard dans la bataille de la Somme. Elle se remarie le 2 août 1919 avec Rémond Clerc » informe l’Encyclopédie de Brocéliande.

Marthe Niel décède le 18 novembre 1928 à Rennes des suites d’une intervention chirurgicale. Le 26 mai 1929, sa maison et ses biens sont vendus aux enchères au Pont du Secret à Paimpont.

Marie-Ange Denieul nommée Marthe Niel était une pionnière de l'aviation.
Marie-Ange Denieul nommée Marthe Niel était une pionnière de l’aviation.

L'école publique communale porte désormais le nom Marthe Niel, en hommage à l'aviatrice paimpontaise.
L’école publique communale porte désormais le nom Marthe Niel, en hommage à l’aviatrice paimpontaise.