A Caulnes, Michel revit grâce aux yeux de Néva

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Michel Houdeline perd brutalement la vue en 2010 suite à une maladie. Du jour au lendemain, sa vie bascule et il lui faut tout réapprendre dans un monde devenu obscur. Après une longue traversée du désert, l’ancien commerçant de Caulnes finit par reprendre confiance. Grâce à l’arrivée de Néva, un chien guide qui devient son binôme du quotidien. Le duo devenu inséparable se déplace aujourd’hui en parfaite autonomie et Michel a des projets plein la tête. 

« Grâce à Néva, j’ai envie de témoigner et d’aider à mon tour les déficients visuels pour leur montrer que tout est possible» relève Michel Houdeline, ancien gérant du Logimarché à Caulnes de 2002 à 2007 qui a perdu la vue il y a dix ans. « J’étais si mal que je ne sortais plus de chez moi sauf pour aller à la boîte aux lettres. Ce fut la traversée du désert pendant cinq ans, mon seul repère était mon épouse Florence. » Un jour de 2015, alors que le programme avec son ergothérapeute touche à sa fin, celle-ci lui suggère de faire la demande d’un chien guide afin de poursuivre le travail engrangé.

La canne blanche avant le chien

« N’ayant jamais eu de chien, je n’y avais pas pensé. Je me suis dit pourquoi pas. Mais pour en obtenir un, il fallait que je sois en totale autonomie avec la canne blanche, outil dont je ne voulais pas entendre parler à ce moment. » Après réflexion et pour redonner du souffle à sa moitié, il décide d’intégrer pendant 6 mois le centre de rééducation visuelle à Nîmes (30) ; le but est de retrouver son indépendance. « La vue, c’est 80% des informations envoyées au cerveau, alors j’ai dû me réapproprier avec beaucoup de difficultés tous les gestes du quotidien, en intérieur comme en extérieur. D’août 2017 à février 2018, j’ai appris par exemple à me déplacer seul dans la ville, à prendre les bus, à me rendre à la gare…Pour y parvenir, je devais écouter le bruit des voitures pour comprendre leur direction ou encore sentir les odeurs de la rue et des commerces pour me repérer. Il faut tout mémoriser, presque pas à pas. Pour développer les autres sens que sont l’ouïe, l’odorat, le toucher, il faut du temps, cela n’est pas inné. Au début, j’étais paniqué mais à force de concentration extrême, j’ai fini par acquérir une nouvelle mobilité avec la canne blanche même si je continuais à raser les murs car je ne me sentais plus légitime dans cette société. J’ai déposé la demande d’un chien guide en 2018 après avoir montré patte blanche et un examen psychologique» relate Michel, aujourd’hui beaucoup plus à l’aise pour parler de la déficience visuelle.

Champ d’action : le trottoir

Néva, une femelle croisée labrador et golden retriever lui est remise gracieusement le 18 octobre 2019. Issue d’un élevage des Chiens guides d’aveugles de l’Ouest, elle a été formée deux ans en école et en famille d’accueil. Car guider n’est pas inné chez le chien non plus, lui aussi doit apprendre à répondre à des ordres. Pour aider son maître, Néva sait comment lui éviter les obstacles de la rue. « Son champ d’action est le trottoir. Elle repère tous les dangers: poteau, poubelle, mobilier urbain, voitures et même les crottes de ses congénères et me les fait contourner. Il a fallu environ 6 mois pour qu’on se comprenne et être confiant l’un envers l’autre. Au début, je ne comprenais pas pourquoi elle m’entraînait vers la rue ; aujourd’hui je sais que c’est pour faire ses besoins dans le caniveau. »

Néva connaît de 35 à 50 ordres. A la gare de Caulnes, si Michel lui ordonne « bus », la chienne sait qu’elle doit le diriger vers l’abribus et lui indiquer où se trouve le siège. Si l’ordre est « passage », Néva fait traverser Michel sur les voies ferrées. A la maison qui comporte un escalier, pour maintenir son maître en sécurité quand il veut monter à l’étage, « je n’ai qu’à poser la main sur son museau pour qu’elle me dirige vers la rampe » explique celui qui ne pourrait plus se passer d’elle.

Se rendre à la gare de Caulnes et prendre le train n’est plus un problème pour Michel qui a gagné en autonomie grâce à Néva, son chien guide.
Se rendre à la gare de Caulnes et prendre le train n’est plus un problème pour Michel qui a gagné en autonomie grâce à Néva, son chien guide.

Regain de liberté et de lien social

« Pot de colle, douce et câline », Néva a radicalement changé la vie de Michel Houdeline qui se rend désormais seul dans le bourg et ses commerces. Il va à la boulangerie ou à la mairie en parfaite autonomie. Auprès de Néva, il a retrouvé « un regain de liberté, d’autonomie et de lien social. Fier de marcher à ses côtés dans les rues de Caulnes, je ne me vois plus comme une personne handicapée. Néva me redonne confiance et a changé mon mental devenu morose. Aujourd’hui, je me sens exister et ai enfin retrouvé un statut dans notre société. Les gens s’arrêtent de nouveau pour me saluer et discuterLa semaine où elle est arrivée, je n’avais jamais autant serré de mains ! » Le duo ne passe pas inaperçu dans les rues, Néva est même devenue la mascotte de la commune, surtout auprès des enfants, exempts de tout jugement. Jusqu’à sa retraite prévue à l’âge de 10 ans, elle restera aux côtés de Michel tout en restant la propriété de l’école des Chiens guides de l’Ouest. Et ensuite ? « Soit on la rend, soit on la garde, nous on a déjà fait le choix de la garder, c’est certain, en plus on a du terrain, elle sera heureuse ici. C’est le bébé de la maison et de la famille, on ne pourrait plus se passer d’elle. »

Des projets avec Néva

Néva (nom d’un petit fleuve de Russie qui passe à Saint Pétersbourg) est le 762ème chien remis par l’association des Chiens guides de l’Ouest depuis sa création en 1975. Avec elle à ses côtés, Michel fourmille de projets comme celui de se rendre à la gare de Rennes ou de Saint-Brieuc. « C’est prévu pour le printemps prochain. J’ai hâte de m’y rendre même si j’appréhende un peu. » Après le tir à l’arc, il pratique l’escrime depuis 3 ans à Dinan et lance un appel aux personnes déficientes visuelles afin qu’elles le rejoignent dans cette discipline. Seul non voyant du club, il salue ses partenaires de jeu au passage car « il leur arrive de venir s’entraîner les yeux bandés, cela me touche. » Et parce qu’on lui a tendu la main, Michel tend la sienne aujourd’hui. Sachant qu’en France aujourd’hui, seulement 1 % des déficients visuels possède un chien guide, Michel est conscient de sa chance et veut aider à son tour. Avec Florence, ils sont devenus donateurs de l’association des Chiens Guides de l’Ouest. « Nous venons de remettre un chien sur la commune de Questembert » dit Michel qui est par ailleurs vice-président du comité de Rennes de l’association Valentin Haüy et nouveau président de la correspondance pour le secteur de Caulnes et Dinan.

L’accessibilité, une cause majeure

Son combat : faire avancer la cause de l’accessibilité et de la mobilité. Il rappelle que « la loi handicap du 11 février 2005 indique que « l’accès aux transports, aux lieux ouverts au public, (…)  est autorisé aux chiens guides d’aveugle ou d’assistance. » » Un message que Michel s’attache à faire connaître au plus grand nombre. Il aimerait ne plus jamais entendre dire qu’une personne déficiente visuelle s’est fait refuser l’accès à un commerce ou une administration parce qu’elle a un chien.

« C’est aussi aux citoyens qui assistent à ce genre de scène de s’interposer et de défendre les droits de la personne déficiente visuelleLa société a vraiment un rôle à jouer. »

Quant au chien,  il n’a plus à prouver son statut de meilleur ami de l’homme. Il sait guider, retrouver des survivants, entendre un cœur battre dans des décombres, flairer des produits dangereux ou illicites, ou encore « sentir » des maladies voire la mort. « Aux dernières nouvelles, les chiens comme Néva développent une nouvelle capacité extraordinaire : assimiler le langage des signes en 27 mois. » De nouvelles possibilités qui donnent espoir d’une vie meilleure aux personnes en situation de handicap.

 

Grâce à Neva, il n’y a pas que Michel qui a retrouvé son indépendance, son épouse Florence aussi.
Grâce à Neva, il n’y a pas que Michel qui a retrouvé son indépendance, son épouse Florence aussi.