Montauban de Bretagne: Maël, enfant d’Ethiopie sur les traces de son passé

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Maël, bientôt 11 ans, vit avec ses parents, Isabelle et Sébastien Josse, à Saint M’Hervon, petite commune d’Ille et Vilaine. Il était scolarisé à l’école primaire St Maurice La Providence à Montauban de Bretagne et entrera en septembre en classe de 6ème au collège La Providence. Maël, un enfant comme tous les autres ? Oui, à ceci près qu’il a été adopté. L’Hebdomadaire d’Armor a rencontré ses parents adoptifs à leur retour d’un séjour en Ethiopie où Maël a pu découvrir et s’approprier un peu de la terre de ses ancêtres.

 

Une adoption préparée

Maël est né le 17 décembre 2009 à Harar en Ethiopie. Après six mois passés dans un orphelinat, à Addis Abéba, il est adopté par Isabelle et Sébastien. Avant d’en arriver à ce grand bonheur d’accueillir un enfant, un travail d’anticipation à l’adoption fut engagé par l’envoi régulier de photos, lesquelles étaient montrées au petit garçon afin qu’il se prépare à la future rencontre avec ses futurs parents et se familiarise aux nouveaux visages et lieux.

Le 15 juin 2010, le couple s’envole vers l’Ethiopie, avec d’autres parents adoptants et une bénévole associative. Durant cinq jours, chaque matin pendant une heure trente, avait lieu une rencontre enfants-parents. « Des moments intenses, remplis d’émotion. Pour Maël, la reconnaissance a été instantanée, ce qui n’était pas évident » se souvient Isabelle.

De retour en France, l’adaptation suit son cours « comme si tout était normal ». Les parents adoptifs ne cachent rien à l’enfant de ses origines africaines. De son pays natal, Maël n’a bien sûr aucun souvenir. A l’âge de 7 ans, il formule le souhait d’aller découvrir l’Ethiopie. «  Nous le lui avons promis, mais en souhaitant qu’il soit un peu plus âgé afin qu’il comprenne mieux et se souvienne davantage de ce qu’il verrait » se rappelle Isabelle.

Le grand jour arrive le 23 février de cette année 2020 : fébrile et impatient, Maël s’envole, avec ses parents pour quinze jours à la découverte de ses racines, un séjour qui s’avèrera empreint de nombreuses émotions.                 

                                                                                                                                                                                

« Les Enfants Avant Tout » 

Avant d’atterrir à Addis Abéba, la capitale, il faut mettre en avant une association d’aide à l’enfance avec action humanitaire créée en 1981 par un groupe de bénévoles œuvrant en faveur d’enfants orphelins, abandonnés, malades ou victimes de la guerre. Ces enfants étaient principalement recueillis dans des orphelinats. L’association « Les enfants avant tout » soutient les responsables locaux avec des moyens financiers récoltés par le biais de diverses manifestations organisées par des structures implantées principalement en Auvergne et en Bretagne avec deux pôles bien distincts : l’un pour l’adoption, il fermera en 2018 suite à l’arrêt de l’autorisation d’adoption à l’international par le gouvernement Ethiopien ; le second pôle se consacre à l’action humanitaire, avec trois antennes dans notre région : Dol de Bretagne, Rennes et Guingamp.

La famille a profité de son voyage pour déposer 150 kilos de dons à l'orphelinat de Buzzayu.
La famille a profité de son voyage pour déposer 150 kilos de dons à l’orphelinat de Buzzayu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un site à Montauban ?                                                                                                 

Ces sites récupèrent meubles, vêtements, vaisselle, bibelots, jouets… en bon état, dont les gens veulent se débarrasser, ils sont ensuite revendus dans le cadre de foires, vide-greniers, portes ouvertes (l’association sera présente sur le vide grenier de Montauban le dimanche 27 septembre) et, des négociations sont en cours pour l’ouverture d’une boutique à Montauban. Le produit financier des ventes est ensuite envoyé à des relais dans les pays soutenus par l’association : Congo, Ethiopie, Haïti, Rwanda, Madagascar, Inde. Ces aides interviennent dans les domaines suivants : éducation, nutrition, projets autour de l’eau… Un suivi sérieux est assuré par l’association. Isabelle et Sébastien sont des bénévoles actifs au sein de l’association, Sébastien est même membre du conseil d’administration. « Par notre engagement nous souhaitons poursuivre la transmission des actions au bénéfice des enfants dans le besoin » précise le couple.

 

Nourrissage des hyènes

Pour revenir au périple, « c’est à titre purement privé, et non pour l’association, que nous avons réalisé ce voyage, même si, dans nos bagages, nous avions 150 kg de fournitures scolaires et de matériel médical », tient à préciser Sébastien. Durant quinze jours, Maël vit un rêve éveillé. Le voyage de près de 3 000 km, en bus avec chauffeur et guide local, débute par sa ville de naissance : Harar, une ville fortifiée, construite sur une colline à 1 800 m d’altitude, avec une population de 185 000 habitants.

Maël se souviendra certainement très longtemps d’une particularité très locale: le nourrissage des hyènes tachetées, vénérées par le peuple, qui, le soir venu, sont nourries par la même famille depuis des décennies.

Les rencontres dans les villages, dont certains vivent pratiquement en autarcie, sont des étapes importantes qui permettent de découvrir la vie locale au quotidien : visite des maisons, repas avec des familles, s’apercevoir que l’école est organisée en demi-journée afin que tous les enfants puissent être scolarisés (le matin ou l’après-midi) et que l’autre partie de la journée, ils puissent aider leurs parents aux travaux agricoles. La population est très accueillante, ouverte aux autres et curieuse d’apprendre.

Maël en plein nourrissage du Mila, un rapace Ethiopien.
Maël en plein nourrissage du Mila, un rapace Ethiopien.

Une rencontre improbable                                                                                

Le hasard fait bien les choses. Un jour, dans un restaurant, le couple évoque avec leur chauffeur leur arrivée en 2010, année où ils avaient été pris en charge par un chauffeur et guide, un certain Jean-Michel qui les accompagnaient tous les matins à l’orphelinat et, l’après-midi, leur faisaient découvrir la région d’Addis Abeba. Sourire amusé de leur chauffeur Abouch. « Mais Jean-Michel, je le connais, il est même assis dans ce restaurant à la table là-bas ». Inutile de préciser que ce moment de retrouvailles est intense, tous heureux de se revoir et de présenter à Jean-Michel le jeune Maël. Des photos immortalisent ce moment unique.                                                                                                       

Maël et Jean-Michel, le chauffeur qui avait accompagné Sébastien et Isabelle il y a 11 ans.
Maël et Jean-Michel, le chauffeur qui avait accompagné Sébastien et Isabelle il y a 11 ans.

                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voitures et singes sur les pistes

« Nous étions en période de belle saison avec des températures qui allaient de 35° en plaine à 14° sur les hauts plateaux culminant à plus de 4 000 mètres d’altitude » poursuit Isabelle. A Addis Abéba, une ville de 7 millions d’habitants perchée à 2 500 m d’altitude, la partie culturelle séduit la famille. Les musées sont nombreux et parmi eux, le musée national expose la fameuse Lucy, ce squelette australopithèque de plus de 3 millions d’années découvert en Ethiopie en 1974.

Le réseau routier marque aussi le jeune garçon. « Cela n’a rien à voir avec les routes en France, ici à de rares exceptions près, ce sont des pistes en terre battue où tout circule : voitures, carrioles  et même dromadaires et babouins,» rapporte Maël. Pour se rendre compte de la qualité du réseau, 3 heures sont nécessaires pour parcourir 90 km. Les seules routes goudronnées ne sont plus entretenues depuis bien longtemps.

Les visites se poursuivent au fil des jours : les lacs, dont certains sont peuplés de crocodiles, les balades en touk-touk, les gares luxueuses d’inspiration Française, la visite de l’orphelinat pour y déposer les produits d’hygiène et fournitures scolaires récoltés à Montauban lors d’un appel aux dons à l’école, auprès des professionnels de santé et d’une entreprise montalbanaise. « Nous voulions aussi faire le point sur les besoins de l’orphelinat : travaux de peinture, toiture que nous devions financer, mais la COVID 19 est passée par là et l’argent a été utilisé pour les achats de masques, gel, matériel pour assurer la distanciation. Le financement des travaux interviendra plus tard » indique Sébastien.

Rien de tel qu’un hot-dog Ethiopien pour récupérer des émotions !
Rien de tel qu’un hot-dog Ethiopien pour récupérer des émotions !

 

Inoubliable pour Maël                                                                                               

A 11 ans, Maël est désormais en âge de comprendre. Ce premier séjour lui a permis de retrouver ses racines sur la terre de ses ancêtres : « Il a été comme un poisson dans l’eau, heureux de découvrir ce qui restera une partie de sa vie »  rapporte Isabelle. « Oui, c’était formidable, j’ai découvert une autre façon de vivre et j’ai pu me rendre compte de la chance que j’avais de vivre dans un pays comme la France. L’Ethiopie restera ma terre natale et j’ai vraiment envie d’y retourner, c’est vraiment quelque chose d’inoubliable » assure Maël.

La conclusion de cette belle histoire revient à Sébastien : « Nous y retournerons en effet, mais avec d’autres objectifs. Nous aimerions rester plus longtemps dans une même région, et ainsi faire moins de kilomètres pour nous concentrer sur davantage de découvertes et de contacts avec la population ».

La famille dans une maison traditionnelle d'Harar, la commune où est né Maël le 17 décembre 2009.
La famille dans une maison traditionnelle d’Harar, la commune où est né Maël le 17 décembre 2009.

Contact : Association « Les enfants avant tout », Isabelle et Sébastien Josse, tél : 02 99 68 22 94.

 

Jean-Paul Morizet