Ces arbres au charme remarquable

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Véritables forces de la nature, ils ont traversé et résisté aux assauts et épreuves du temps. La Bretagne abrite plus de 400 arbres au charme et à l’attrait remarquables. Répertoriés au niveau régional ou national, ils sont en prise directe avec notre histoire, voire l’imaginaire collectif. Souvent imposant par leur taille et leur circonférence, certains sont faciles d’accès, d’autres se font plus discrets. En cet été si particulier, leur rendre visite, c’est s’assurer une sortie originale emplie d’énergie et de plénitude.

Dans les Côtes d’Armor

A Saint-Launeuc, entre Broons et Merdrignac, deux arbres en un vivent en parfaite symbiose au cœur du petit bourg, face à l’entrée de la petite église Sainte Léonore. L’if qui date du 13ème siècle abrite un merisier, ce qui représente une vraie curiosité botanique. L’histoire locale raconte qu’une graine de ce dernier aurait été transportée par un oiseau dans le tronc creux du conifère. Le temps a passé et les arbres ont grandi ensemble. A chaque printemps, le merisier donne ses fleurs blanches, protégé par son ami imposant qui affiche fièrement 7 mètres de circonférence. Visite libre.

L’if-merisier de Saint-Launeuc est une curiosité botanique à lui seul.
L’if-merisier de Saint-Launeuc est une curiosité botanique à lui seul.

 

A Yvignac-la-Tour, entre Broons et Dinan, l’if Taxus Baccata serait à l’origine du nom de la commune. Cet ancêtre qui aurait 1 000 ans dans les branches est un des plus vieux du département. Il est enraciné au cœur du bourg, tout près de l’église Saint-Malo. Planter un if près d’une église était en effet destiné à la protéger de la foudre. C’est en outre le symbole de l’éternité. Sa taille impressionnante de 15 mètres de haut pour plus de 8 mètres de circonférence et son tronc creux avait donné lieu à un record insolite, validé par un huissier, en août 2017. 26 adultes et 32 enfants, soit 58 personnes étaient entrés dans l’if ! Dans le pays, il se dit également qu’un recteur serait enterré à son pied. Visite libre.

Il y a 3 ans, 58 personnes sont entrées dans le tronc creux de l’if d’Yvignac-la-Tour.
Il y a 3 ans, 58 personnes sont entrées dans le tronc creux de l’if d’Yvignac-la-Tour.

 

A Guitté, au château de Couellan, un autre if Taxus Baccata, entouré de haies de buis, vaut le détour. Au cœur du parc de 5 hectares qui héberge un bon nombre d’arbres séculaires et rares comme le ginko biloba ou le magnolia grandiflora, « l’if du vœu » aurait été planté en 1638, à la naissance de celui qui deviendra Louis XIV. A la révolte du parlement, l’arbre aurait été étêté. Il est devenu depuis un symbole majeur du parc du château.  Visite libre du parc tous les jours, de 14h à 20h.

Bien d’autres communes ont la chance d’avoir sur leurs terres des arbres au charme remarquable. Sur le site des Aulnaies à Lanrelas, un charme Carpinus Betulus se plait les pieds dans la Rance, il faut cheminer sur le sentier pour le découvrir.  A la Ville Hervy à Plénée-Jugon, le chêne pédonculé âgé de plus de 500 ans, avait été sélectionné en décembre dernier pour le concours national de l’arbre de l’année. Au XIXème siècle, une vierge a été installée dans son tronc ; il est nommé depuis le chêne à la vierge. A Lamballe, un arbre exotique a élu domicile au haras national au moment de sa construction. Ce séquoia géant Sequoiadendron giganteum, haut d’une trentaine de mètres, impose le respect. C’est un des plus grands de Bretagne. Plus discret, à Saint-Jacut du Mené, un chêne pédonculé Quercus Robur de près de 400 ans, domine la chapelle du parc.

Si on sait les écouter, les arbres nous parlent

Pour poursuivre la balade, la ville de Saint-Brieuc propose également une exposition estivale et originale sur les arbres remarquables de Bretagne sur le site de l’étang de Robien.

 

En Ille et Vilaine

A Paimpont, un multi centenaire – il a plus de 500 ans – se trouve facilement. Un balisage mène même jusqu’à ce célèbre chêne des Hindrés, le plus gros de son espèce dans la forêt domaniale. Proche du tombeau de Merlin, la légende dit qu’au moment des solstices, ses racines auraient le pouvoir de concentrer la magie des druides. Ce chêne sessile ou rouvre Quercus Petraea est très visité, l’arbre est cerné d’une clôture. Visite en accès libre à partir du parking du Rocher Cadieu, puis suivre le chemin piétonnier.

Toujours dans la forêt, à quelques pas de la fontaine de Barenton, le hêtre Ponthus a perdu de sa superbe depuis que ses voisins les épicéas ont été abattus à cause du dendrochtone, un insecte parasite qui les dévore de l’intérieur. Toutefois, il demeure l’arbre emblématique de Brocéliande même si aujourd’hui, il se situe sur un terrain privé de la forêt et est donc inaccessible. La légende dit de lui qu’il serait le gardien des ruines du château de Ponthus, détruit par Bertrand Du Guesclin en 1372.

Sur les hauteurs du village des Forges de Paimpont, côté Plélan le Grand, Anatole Le Braz, écrivain breton se serait adossé à un arbre au cours d’une conférence sur les mythes de la forêt à l’été 1921. Depuis ce chêne millénaire de près de 5 mètres de circonférence, porte le nom de l’écrivain qui aimait y méditer et s’inspirer à l’ombre de ses grands feuillages.

Le hêtre Ponthus demeure l’arbre emblématique de la forêt de Brocéliande. ©Yvon Bouëlle.
Hêtre de Ponthus, ©Yvon Bouëlle.

Dans le Morbihan

A Concoret, au village des Rues Eon, près du hameau de Crozon, trône le gigantesque chêne à Guillotin. Agé de 800 à 1 000 ans, cet arbre revient de loin. Il y a quelques années, il souffrait du poids de l’âge et de gros travaux ont permis de le consolider. De taille hors norme avec ses plus de 10 mètres de circonférence, il fait l’objet de toutes les curiosités. Certains disent qu’il porte le nom du prêtre réfractaire, l’abbé Guillotin, qui se cacha dans son tronc creux à la Révolution et échappa ainsi à la mort. D’autres relatent qu’un autre prêtre réfractaire, Joachim Masson, également caché à l’intérieur, trompa les révolutionnaires grâce à une araignée qui aurait tissé sa toile à l’entrée du creux du tronc. Une légende raconte enfin qu’Eon de l’Etoile, un ermite de la forêt qui pillait les riches pour redonner aux pauvres, y aurait dissimulé deux barriques d’or…  En saison estivale, le lieu est très fréquenté. Visite libre, parking à proximité.

Le chêne à Guillotin attire chaque année de très nombreux visiteurs
Le chêne à Guillotin attire chaque année de très nombreux visiteurs.

 

A deux pas de Concoret, la promenade verte des arbres remarquables peut se poursuivre avec les chênes creux de Kernéant à Néant sur Yvel, le chêne du Placître guérisseur sur la place du bourg de Saint-Brieuc de Mauron, les chênes pédonculés tri-centenaires au Bourg Neuf à Guilliers et Le Comblot à Ménéac, ainsi que le chêne loupe âgé de 150 ans au Clos Corois, à La Trinité Porhoët.

En vous déplaçant sur tous ses sites, vous serez à un moment forcément déconnectés de notre monde moderne mais particulièrement connectés à la nature.

 

Le chêne à Guillotin a bénéficié de travaux de préservation il y a quelques années.
Le chêne à Guillotin a bénéficié de travaux de préservation il y a quelques années.