Faits d’attaque signalés: La buse n’aime pas la vitesse !

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Des joggeurs et des cyclistes relatent en cette saison des « attaques » de buse du côté de Pacé et Saint-Gilles en Ille et Vilaine, ainsi qu’à Merdrignac, sur la voie verte. En fait, ce rapace, le plus commun de France, n’attaque pas mais défend son territoire. Une nuance importante, expliquée par Yann Février, salarié du Groupe d’Etudes Ornithologiques des Côtes d’Armor.

L’Hebdomadaire d’Armor : Pouvez-vous expliquer pourquoi les buses « attaquent » ?

Yann Février : Ce que nous appelons des attaques sont en réalité des « défenses » de nids dans lesquels se trouvent les petits. Les buses variables sont des animaux territoriaux qui protègent et défendent leur lieu de vie. En général, un couple de buses va défendre son territoire de cette façon pendant une période assez courte – souvent quelques jours – avant que les jeunes quittent le nid. La nuance attaque/défense est intéressante et importante car on croit se faire attaquer alors que la buse pense la même chose et on sait tous que la meilleure défense, c’est l’attaque…

L’HA : Est-ce donc un phénomène de saison ?

YF : Oui, il s’agit d’une thématique récurrente à cette période. La plupart du temps, ces faits ne durent que quelques jours à quelques semaines dans l’année. Le mois de juin est le plus critique puisque la plupart des buses ont des jeunes au nid. Durant la couvaison, les buses qui nichent au sommet des arbres (feuillus, conifères…) dans les forêts, les plaines agricoles et sur le littoral,   sont plutôt discrètes et évitent de se faire voir. En revanche, lorsque les jeunes sont nés et sont laissés seuls pendant que les adultes sont en recherche de nourriture, elles sont plus agressives. C’est le cas pour tous les oiseaux. Plus on s’approche de l’envol des jeunes, plus les adultes défendent car ils sont proches du but.

L’HA : Pourquoi les joggeurs ou cyclistes sont-ils visés par les buses ?

YF : Ce sont souvent les joggeurs ou cyclistes qui subissent ces assauts car ils courent vite et sans le savoir, dans la direction du nid. Les buses pensent donc qu’ils se dirigent vers leur nid et attaquent uniquement par réflexe. Si le nid est très proche d’un chemin ou d’une route, elles peuvent aussi s’en prendre aux marcheurs mais c’est plus rare. Souvent ces « attaques » ne touchent pas les gens, c’est plus de l’intimidation. Mais il arrive de temps en temps que les serres, très pointues et acérées, touchent la tête ou les bras, et bien évidemment, ça peut faire très mal.

L’HA : Comment éviter ces assauts et s’en protéger ?

YF : Le premier geste à faire est de bien mettre les bras autour de la tête pour se protéger le visage. Il vaut mieux également ralentir et s’éloigner en marchant plutôt que de vouloir courir plus vite, ce qui pourrait aggraver le comportement de la buse.  Il faut ensuite signaler le fait à la mairie qui peut alors installer des panneaux d’information durant les quelques semaines qui suivent. Ce fut le cas l’an dernier à Plourhan dans les Côtes d’Armor ou cette année à Saint-Armel en Ille et Vilaine. Si les joggeurs et cyclistes passent la même zone en marchant, généralement il n’y a pas d’assaut. La vitesse est vraiment un facteur clé. Enfin, si nécessaire et si possible, le mieux est de dévier temporairement le chemin.

Il a été signalé l’attaque d’une buse sur la voie verte entre Merdrignac et Trémorel. Ce rapace n’attaque pas, il défend ses petits. Coureurs et cyclistes sont invités à réduire leur vitesse.
Il a été signalé l’attaque d’une buse sur la voie verte entre Merdrignac et Trémorel. Ce rapace n’attaque pas, il défend ses petits. Coureurs et cyclistes sont invités à réduire leur vitesse.

 

La buse, rapace de nos campagnes

Perchée sur son piquet de clôture ou sur une branche, elle nous regarde passer ou au contraire s’envole à notre arrivée. La buse variable (buteo buteo) est le rapace le plus commun de nos campagnes. Cette espèce protégée se plait partout en Europe, autant dans les forêts, bocages, zones agricoles, littoral que sur les îles. Impossible de manquer ce grand oiseau au plumage brun et blanc lorsqu’il chasse en cercle ou en vol stationnaire, ses ailes déployées d’une envergure allant d’1 mètre à 1,40 mètre, ou encore, quand il fond sur sa proie depuis le ciel, la tête vers le sol.

Les champs et les prairies sont son terrain de chasse préféré car la buse y trouve de quoi se nourrir : campagnols et autres petits mammifères, taupes, et aussi dans une moindre mesure, lapereaux, oisillons, batraciens et même reptiles et insectes en cas de disette. En hiver, elle joue le rôle de « nettoyeur » en faisant disparaître les charognes et donc les risques de propagation des maladies. C’est une alliée des agriculteurs.

Opportuniste, nonchalante, elle sait rester à l’affût d’une proie pendant un long moment. Une fois cette dernière repérée, elle la traque, pique sur elle, puis la tue avec ses puissantes serres avant de la manger ou de la ramener dans son grand nid d’environ 60 centimètres de diamètre. La buse est un prédateur redoutable.

Au printemps, la femelle pond 2 à 4 œufs qu’elle couve jusqu’à l’éclosion pendant environ 35 jours. Pendant ce temps, le mâle s’occupe d’aller chercher de la nourriture ; quand la femelle s’absente, il la remplace dans le nid. Une fois les petits nés au mois de juin, ils commencent à se nourrir dès l’âge de trois semaines des proies rapportées par le mâle. C’est quand les petits sont au nid que la buse attaque éventuellement celles et ceux qui s’approcheraient trop près ou trop vite de sa progéniture. Après être resté au nid deux mois à entraîner leurs ailes et  quémander sans cesse à manger, les oisillons passent encore deux mois auprès de leurs parents afin de quitter définitivement le cocon familial.

La buse a une espérance de vie allant jusqu’à 25 ans mais l’homme lui rend la vie dure en altérant toujours un peu plus son habitat. Les collisions avec les voitures et les électrocutions avec les câbles électriques lui sont également fatales. Bien qu’elle soit protégée depuis 1972, certains la considèrent encore comme un nuisible et n’hésitent pas à la chasser. Classé comme animal protégé, Il est enfin illégal de détenir une buse en captivité, même pour lui apporter des soins.

La Buse variable, comme tous les rapaces diurnes et nocturnes, bénéficie d’un statut de protection total issu de la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature.
La Buse variable, comme tous les rapaces diurnes et nocturnes, bénéficie d’un statut de protection total issu de la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature.

Face à un oiseau en détresse, que faire ?

La majorité des animaux sauvages craint l’homme. Instinctivement, les oiseaux et mammifères s’enfuient à son approche. Mais un individu adulte qui reste immobile est vraisemblablement malade, affaibli ou blessé.  Si vous trouvez un oiseau en détresse, avec une aile pendante, une trace de saignement, ou dans impossibilité de se tenir sur ses pattes, La Ligue de Protection des Oiseaux Bretagne explique comment réagir.

Tout d’abord, il s’agit de garder son calme pour ne pas apeurer l’oiseau et de se protéger des serres des rapaces et des becs des échassiers. Après avoir enfilé des gants, il s’agit de le « capturer avec prudence, précautions et sans précipitation, à l’aide d’un tissu épais (serviette, vêtement…). Dans l’obscurité, l’oiseau se calmera. Maintenez-lui les ailes collées au corps et la tête cachée. Mais ne bloquez ou ne fermez surtout pas le bec avec un élastique ou du ruban adhésif. »

Une fois maintenu, il ne faut pas lui donner à manger ou à boire au risque de l’étouffer ou de lui donner une nourriture inadaptée.

Ensuite, isolez au calme, dans un carton plutôt qu’une cage, et placez-le au calme dans une pièce tempérée. Percez quelques petits trous d’aération dans le carton et tapissez le fond avec du papier journal.

Enfin, contactez le centre de sauvegarde LPO le plus proche de votre domicile ou SOS oiseaux blessés au 06-52-88-20-32 ou votre vétérinaire qui indiquera la marche à suivre.

Pratique : LPO Côtes d’Armor : 02 96 91 91 40 ; LPO Ille et Vilaine : 02 99 27 21 13 ; LPO Morbihan : 06 25 58 17 39.