Violences intrafamiliales : La première fois, c’est déjà celle de trop

Posté dans : Article à la une 0

Cela commence par un mot, un geste déplacé, un coup. Puis la spirale infernale s’installe, lentement mais sûrement, dans un rapport qui se fige avec le temps. Les violences intrafamiliales se déroulent toujours à l’abri des regards. Un fléau mis en lumière par la communauté de brigades de gendarmerie de Merdrignac.

En temps normal, la COB de Merdrignac traite une procédure de violences conjugales par mois ainsi qu’un fait de violence intrafamiliale. « En avril, en plein confinement, nous avons dû placer six personnes en garde à vue dont une femme qui avait frappé son mari en fauteuil roulant pour une histoire de cigarettes. A l’issue, deux agresseurs ont été placés sous contrôle judiciaire dans l’attente de leur jugement, deux personnes ont été convoquées devant l’association départementale de l’alternative judiciaire et deux médiations pénales ont été lancées. Ces faits se sont déroulés à Le Gouray, Plessala, La Chèze, Le Cambout….Nous avons également aidé trois victimes qui avaient fui de leur domicile, hors département,  pendant le confinement » relève Franck Sichère, gendarme depuis 1999 et adjudant-chef à Merdrignac. Avec ses collègues, Patrice Lucas et Adeline Nong, il est référent VIF (violences intrafamiliales) au sein de la COB.

Pas de profil type

Il n’existe pas de profil type d’un agresseur. N’importe quelle situation tendue peut dégénérer. « Souvent le soir, sur fond d’alcool, mais pas toujours, en cas de « pétage de plomb », d’énervement… Pour certains, conjugué à une vie de couple 24h/24, le confinement est devenu insupportable.» Une parole de travers, pas de réaction en face, et voilà un déluge d’insultes et de coups. Certaines subissent depuis longtemps, trop longtemps comme cette dame souvent frappée à la tête et aux membres inférieurs afin que les bleus ne se voient pas ou encore régulièrement poussée dans l’escalier. Une autre a subi une tentative d’étranglement. « Chaque situation est différente. Le pire c’est lorsque les enfants sont présents, ce sont les premières victimes collatérales.»

Emprise psychologique

Pour l’officier, « il est primordial de réagir dès les premiers coups car c’est déjà la fois de trop, le risque serait que la situation s’installe. La victime sous emprise psychologique a d’autant plus de mal à se défendre, ou à se rendre à la gendarmerie. Parfois, la plainte est retirée avant la convocation judiciaire et le couple se remet ensemble … jusqu’à la prochaine fois. Pourtant, sur une audition, nous pouvons intervenir et mettre en place un suivi.»  Un suivi assuré par le travail des associations. « Un travailleur social dédié au Centre-Bretagne serait également un plus » admet Franck Sichère.

Avec le grenelle des violences conjugales, entré en vigueur en novembre dernier, les gendarmes se forment également avec l’aide de médecins, de psychologues et d’associations. Car intervenir sur un fait de violence demande « de la cohérence, du calme et  les bons mots.  Nous devons apporter une solution cohérente : éloigner l’agresseur, sécuriser la ou les victimes et déterminer les violences, sachant que la plus grande difficulté de notre travail est d’appréhender la situation. »

La COB de Merdrignac est dotée de trois référents violences intrafamiliales : Patrice Lucas (en civil), Franck Sichère et Adeline Nong (absente).
La COB de Merdrignac est dotée de trois référents violences intrafamiliales : Patrice Lucas (en civil), Franck Sichère et Adeline Nong (absente).

 

En Bretagne : 17 femmes et 12 enfants tués en 2019

En plein confinement, le 1er mai à Dol de Bretagne, Théo, 4 ans, décède d’un traumatisme crânien aux urgences pédiatriques du CHU de Rennes. Il venait d’être transporté par les secours. Soupçonnés de « violences habituelles sur mineur de moins de 15 ans » et de « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineur de moins de 15 ans par ascendant ou personne ayant autorité », le père âgée de 28 ans et sa compagne de 20 ans, sont depuis placés en détention provisoire. Cette sombre histoire est le reflet d’une triste réalité, les chiffres le prouvent.

En France, en 2016, 109 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-partenaire.

En 2017, elles étaient 130 pour 21 hommes décédés. Dans ce contexte de violence, 25 enfants mineurs sont morts, tués par un de leurs parents.

En 2018, l’étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, engagée par le ministère de l’Intérieur, révèle des chiffres qui font froid dans le dos. 121 femmes dont 47 qui avaient déjà subi des violences ont été tuées par leur partenaire;  21 enfants tués dont 5 par leur père en même temps que leur mère. Pendant ces violences, les enfants sont toujours en première ligne. 57 étaient présents dont  29 témoins des scènes de crimes. Parmi eux, seuls 3 ont réussi à donner l’alerte. 82 enfants sont aussi devenus orphelins dont 15 de mère et de père, 55 de mère et 12 enfants de père.

Il est à noter que sur les 28 hommes tués par leur compagne, 15 avaient commis des violences antérieures. Les victimes collatérales et rivaux étaient au nombre de 10.

En 2019, en Bretagne, la Cour d’appel de Rennes qui regroupe les 5 départements historiques, a traité 5 200 affaires de violences conjugales. Sur les 126 victimes en France, 17 femmes de notre région sont décédées sous les coups de leur conjoint et 12 enfants tués par l’un des parents.

Une enquête menée en France de 2012 à 2018* avait alors démontré que le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui subissent des violences physique et/ou sexuelles au sein du foyer, était estimé à 250 000. 3 femmes victimes sur 4 déclarent avoir subi des faits répétés et 8 femmes victimes sur 10 déclarent avoir également été soumises à des atteintes psychologiques ou des agressions verbales. Elles sont très peu à déposer plainte.

Les victimes de viols et tentatives sont également estimées à minima à 94 000 femmes, sachant que dans la grande majorité des cas, les femmes connaissent l’agresseur. Dans 47 % des cas, c’est le conjoint ou l’ex-conjoint qui est l’auteur des faits. Là aussi, peu de plaintes sont déposées.

Avec le grenelle des violences conjugales lancé en novembre dernier, de nouveaux outils sont développés pour lutter plus efficacement contre ces violences.  En cas d’urgence, contacter  le 15 (SAMU), le 17 (gendarmerie-police),  le 18 (pompiers) et le 112 (numéro d’urgences européen) ; pour les victimes de violences conjugales : 3919 (de 9h 19h du lundi au samedi) ; pour les victimes de violences intrafamiliales : envoyer un SMS au 114 (24h/24) ; pour les enfants en danger : 119 (24h/24, 7j/7).

Sources : https://stop-violences-femmes.gouv.fr/ Ministère de l’intérieur/ Enquête « Cadre de vie et sécurité » 2012-2018 – INSEE-ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénale).  

 

Des actes punis par la loi 

Sont interdites et punies plus sévèrement par la loi, toutes violences verbales, physiques, psychologiques, sexuelles  (agressions et viols) commises par un conjoint, concubin ou partenaire lié par le PACS ou un ancien conjoint. La qualité de partenaire ou d’ex conjoint constitue pénalement une circonstance aggravante.

Les violences physiques sont des bousculades, coups avec ou sans objet, strangulations, morsures, brûlures, séquestrations…  Les violences verbales sont des injures, menaces, cris… Les violences psychologiques se caractérisent par des intimidations, humiliations, brimades, dévalorisations, chantages affectifs, interdiction de fréquenter des amis, la famille…

Les violences économiques relèvent du contrôle des dépenses, des moyens de paiement, interdiction de travailler ; il y a souvent à la clé une confiscation de documents (carte nationale d’identité, carte vitale, passeport, livret de famille, carnet de santé, diplôme…)

Briser ou lancer des objets est assimilé à de la violence matérielle. La cyber-intimidation et le cyber-harcèlement sont également interdits.