Ces précieuses aides à domicile

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Les aides à domicile font partie de ces métiers qui n’ont rien lâché pendant le confinement et maintenant le déconfinement. En première ligne, leur rôle est précieux puisqu’elles assurent le relais principal des familles auprès d’un proche malade ou âgé. Christelle Mainguy, Carine Fichet et Jocelyne Hamon, témoignent.

Dans le secteur de Broons

«J’exerce mon métier comme j’aimerais qu’il soit fait quand je serai âgée.» Tout est dit. Diplômée d’un bac + 2 en gestion, Christelle Mainguy a toujours su qu’elle voulait aider les autres. Elle est donc auxiliaire de vie sociale diplômée et travaille à l’ASAD Mené Rance depuis 2005. Sur le secteur de Broons-Lanrelas, Christelle s’occupe de personnes âgées et handicapées, dont un monsieur tétraplégique auprès de qui elle passe une bonne partie de la journée. Elle voit environ une quinzaine d’usagers par semaine. Pendant le confinement, les tournées ont été réorganisées et adaptées aux besoins. «L’idée était de ne passer plus qu’une seule fois par jour chez l’usager, mais de rester plus longtemps. Le but est de le protéger du virus

« Femme de ménage, c’est réducteur, nous sommes bien plus que ça »

Ce temps d’accompagnement est précieux pour la personne aidée. «Nous considérer que comme des femmes de ménage est réducteur. Notre métier, ce n’est pas que ça. Nous apportons de l’écoute, des temps de bien-être, de la compagnie, préparons les repas, allons faire les courses, aidons à prendre les repas….» Autant de gestes quotidiens qui créent des liens forts avec les usagers, d’autant plus en ce moment où les familles ne peuvent pas forcément leur rendre visite. « Patience et discrétion » sont en outre les maîtres mots de la profession.

Christelle sait bien qu’elle ne fait pas partie du lot des professions encensées. «Pourtant, j’estime être en première ligne aussi chaque jour et suis presque plus en danger que le personnel soignant hospitalier car j’en sais moins que lui sur l’état de santé des usagers.» Pour ne pas prendre de risque, en rentrant à la maison, elle se change dans une pièce dédiée, prend une douche et seulement ensuite peut embrasser les siens. Même régime pour son mari, chauffeur agricole.

« Sans âme, ni passion, on se fait mal »

Les aides à domicile ne font pas non plus partie du dispositif des primes annoncées par l’Etat. Alors pour dédramatiser la situation, Christelle demande à ses filles tous les soirs de l’applaudir à 20h ! «Sans âme, ni passion pour ce métier, on se fait mal à tous les coups» assure-t-elle.

Même si sa grande question du moment est de savoir si elle est porteur sain ou pas du Covid 19, Christelle Mainguy ne travaille pas dans la psychose. «Je sais que je suis bien protégée et interviens sur l’essentiel, je n’ai donc pas de crainte.» Sa direction fait également en sorte que les aides à domicile interviennent toujours seules, «sans présence d’un membre de la famille de l’usager.»

La professionnelle est en revanche plus inquiète sur le déconfinement. «La Bretagne n’est pas immunisée, la situation sera plus dangereuse. Demander aux 70 ans et plus d’éviter de sortir me semble une sage précaution.» Et si 2ème vague il doit y avoir, «nous les aides à domicile devrons faire encore plus attention.»

Christelle Mainguy, aide à domicile, fait son métier comme elle aimerait qu’il soit fait quand elle sera âgée.
Christelle Mainguy, aide à domicile sur le secteur de Broons, exerce son métier comme elle aimerait qu’il soit fait quand elle sera âgée.

 

Dans le secteur de Mauron 

« Je sais qu’elle m’attend tous les matins »

« Depuis le confinement je prends soin de cinq personnes âgées de plus de 80 ans », témoigne Carine Fichet, aide à domicile employée par l’association Aide à domicile en milieu rural (ADMR) à Mauron. En temps normal, elle s’occupe de quatre personnes dépendantes et effectue les taches ménagères auprès de six familles. « A cause de l’épidémie, notre temps de travail a diminué, nous allons à l’essentiel auprès des personnes fragiles et isolées », explique cette femme âgée de 41 ans.

Sa journée de travail commence vers 8h. « J’arrive chez quelqu’un qui a déjà reçu la visite d’une infirmière ainsi sa toilette est faite. J’aide cette personne à se lever du lit et à passer dans le fauteuil adapté pour qu’elle prenne son petit déjeuner. Nous discutons un peu, je sais qu’elle m’attend tous les matins», relève l’employée. Le petit déjeuner pris, la personne âgée passe dans un fauteuil «  plus confortable. Elle y restera une partie de la matinée, le temps que je revienne la voir pour l’aider à prendre le déjeuner. »

Une présence rassurante

Carine, avant de partir, se rassure que la dame âgée dispose «  de l’eau, de la télécommande télé…» Le soir, une infirmière passe aussi «  pour la toilette et la coucher. Quant à moi, je viens aussi pour que ses journées soient moins longues, pour la rassurer car elle a vraiment besoin de l’aide. » Carine se rend aussi chez d’autres aînés « qui sont  plus autonomes. Une dame arrive à prendre seule ses repas et les prépare elle-même. »

Sa collègue Jocelyn Hamon qui travaille pour l’ADMR depuis 37 ans, mesure également parfaitement l’importance de ses visites chez les aînés «  surtout en cette période car ils sont plus angoissés et se rappellent des maladies qui, autrefois, tuaient comme la grippe espagnole.»  Avant l’épidémie elle s’occupait d’une dizaine de personnes en faisant des courses, cherchant des médicaments, remplissant les papiers administratifs, aidant à l’entretenir la maison. «  Aujourd’hui, nous travaillons moins, afin de diminuer au maximum nos déplacements et une éventuelle propagation de virus. »

Parmi les anciens qu’elle continue de visiter, il y a Denise qui raconte : « J’ai 85 ans. Jocelyne me rend visite deux à trois fois par jour et aussi les infirmières. Quand elle vient on rigole ensemble un peu, on discute ».

Depuis le confinement et maintenant le déconfinement, Carine, Jocelyne et leurs collègues, n’ont jamais eu de cesse de veiller sur les aînés.

Jocelyne (à gauche) rend visite à Denise plusieurs fois par jour.
Jocelyne (à gauche) rend visite à Denise plusieurs fois par jour.