Une saison touristique entre espoirs et incertitudes

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Le tourisme a le moral en berne. Pour cause de crise sanitaire et de confinement, la saison qui devait démarrer le week-end de Pâques, n’a pas eu lieu. Tous les établissements restent actuellement fermés dans l’attente des décisions gouvernementales. Malgré tout, le secteur du tourisme se prépare à l’après Covid 19 et espère bien ne pas retenir de 2020 une année blanche. Loin du brouhaha côtier, le Centre Bretagne, moins fréquenté et moins touché par le virus, a très certainement une carte à jouer. Entre espoirs et incertitudes, Alexis Le Priellec, directeur de l’office de tourisme Bretagne centre et Marc Cluzeau, directeur du Val de Landrouët à Merdrignac, en Centre Bretagne, s’expriment sur le sujet.

Alexis Le Priellec, en temps habituel, serait déjà à courir dans tous les sens. L’ouverture d’une saison touristique demande en effet une énergie de chaque instant. Mais cette année, c’est différent. Le personnel permanent est en télétravail et les portes des hébergements, sites de loisirs et culturels restent désespérément portes closes. Le directeur est inquiet mais ne baisse pas les bras. 

Comment voyez-vous la saison d’été ?

Alexis Le Priellec: Si les équipements et sites touristiques rouvrent début ou mi juillet, cela permettrait de faire une saison à minima tout en favorisant la consommation en région des français après le confinement, mais aussi d’assurer une économie touristique optimum. Le scénario «année blanche» n’est pas envisagé pour l’instant.

 

Comment voyez-vous la réouverture des équipements et sites touristiques ?

ALP: Le territoire est doté de nombreux atouts avec ses hébergements (meublés, campings, villages vacances…), ses musées et bases sport nature de Saint Launeuc et Plémet, ses restaurants, sites ( Beau Rivage, Landroanec, Bosméléac, site archéologique de Quelfenec, …) et itinéraires de randonnées. Nous sommes bien conscients des difficultés que poseront la réouverture. Avec des hébergements ouverts mais sans possibilité de faire de visite ou d’activités, que proposerons-nous comme attractivité touristique ? Et à l’inverse, si les sites sont ouverts mais qu’il y a une restriction d’ouverture des hébergements, que faire ? Dans ce cas, le déplacement et le séjour touristique fera la part belle à une consommation non marchande en matière d’hébergement (séjour en famille, chez des amis, échanges de maison, …)

 

Des certitudes se dessinent, pouvez-vous les expliquer ?

ALP: Face aux préconisations gouvernementales quant aux vacances d’été, la clientèle touristique sera vraisemblablement locale et régionale, le déplacement en voiture sera maximum de 3 à 5 h. Face au risque de transmission du virus, il est possible d’imaginer que la clientèle soit plus en recherche de destination où l’affluence est d’ordinaire moindre. A ce titre, le Centre Bretagne à une carte à jouer. Les sites affichant un protocole sanitaire sans faille seront privilégiés. En s’adaptant aux règles sanitaires, les entreprises devront vraisemblablement diminuer leur capacité d’accueil, ce qui entraînera de fait une baisse de leur chiffre d’affaires, même après le déconfinement.

 

Qu’en est-il du volet festif ?

ALP: Depuis la mi-mars, nous observons une cascade d’annulations. Les organisateurs d’évènements culturels ou sportifs n’ont pas d’autres alternatives de les annuler. C’est aussi une perte économique importante puisque des évènements comme la course de côte à Saint Gouëno ou le tournoi de Guerlédan attirent le public bien au delà du territoire.

 

Qu’en est-il des réservations ? Et du recrutement saisonnier ?

ALP: Nous avons fermé les bureaux d’accueil des offices de tourisme et ne connaissons pas encore la date officielle des réouvertures des campings. Au camping du Point de vue à Guerlédan, les séjours de groupes sont annulés pour mai et juin et nous attendons de savoir ce qu’il en sera pour les groupes d’enfants (centre de loisirs, colonies de vacances…). Du côté de la clientèle individuelle, 90 % des séjours sont maintenus pour l’instant. Le camping de Bosméléac, ouvert à l’année, accueille quant à lui des ouvriers dont les entreprises n’ont pas suspendu leurs activités.

Concernant les hébergements de groupes à Plémet et Saint-Thélo, ils sont fermés jusqu’à nouvel ordre. Tous les séjours de mars à mai ont été annulés et remboursés.

La date de réouverture du Musée du lin étant également inconnue, toutes les visites guidées de groupes sont reportées jusque fin 2021, à une date au choix. Et outre l’annulation des animations jusqu’à mi juillet, se pose aussi la question du maintien ou pas de l’exposition temporaire 2020 « Sylvie BOYER, tisseuse de liens ».

Quant au site de Beau rivage, la date de reprise des activités nautiques n’est pas encore connue.

Dans ces conditions et avec des réservations suspendues depuis la mi-mars, le recrutement du personnel saisonnier est ajourné jusqu’à savoir quand les équipements et offices de tourisme pourront rouvrir. L’incertitude sur la fréquentation touristique cet été est réelle.

 

Avez-vous réfléchi à des dispositions préventives nouvelles ?

ALP: Pour l’heure, nous ne connaissons pas l’ensemble des dispositions qui seront demandées pour l’accueil des clientèles touristiques. Bien entendu, nous les appliquerons. Dans les offices de tourisme, les mesures barrières seront systématiques.

Dans les campings, va-t-on vers un abaissement ou un plafonnement du nombre de personnes sur les emplacements nus et locatifs ? Nous réfléchissons d’ores et déjà à un nouveau mode de fonctionnement de l’accueil des clientèles, ainsi qu’à la mise en place d’une nouvelle organisation pour l’accès aux sanitaires et aux douches, mais en fonction de la fréquentation, cela ne va pas être si simple.

Dans les musées, serons-nous également limités à un nombre de personnes en fonction de la grandeur des salles ? Pour les visites guidées des groupes, nous serons vraisemblablement obligés de faire des sous-groupes. Ceci impliquera un temps de visite sera plus long, plus de guides, et une réorganisation du sens des visites, sans croisement. Et puis, sur un site tel que la plage de Beau Rivage, comment gérer les distanciations évoquées de 3 mètres ? Et surtout, comment les faire respecter ? Il reste encore beaucoup de questions et de points à éclaircir.

 

Comment préparez-vous l’après ?

ALP: Avec un plan de relance de l’activité touristique. Au-delà des actions de soutien économique en faveur des entreprises engagées par l’Etat, la région et les intercommunalités, l’office de tourisme s’inscrit dans la dynamique de la Région Bretagne par le biais du Comité Régional du Tourisme qui engage un plan de relance basé sur 4 points prioritaires : anticiper les contraintes et faire face à une situation sanitaire dont on ne connaît pas le périmètre et qui va probablement durer (phases de déconfinement ? Mobilité limitée? Annulation des grands événements, exploitation partielle des activités ? …); rassurer sur les conditions du voyage et sur l’offre disponible sur le territoire (quel accueil sanitaire demain ?); prendre en compte le contexte économique engendré par la crise sanitaire ; et enfin développer les liens avec les clientèles post confinement pour assurer la saison et l’arrière-saison et préparer 2021. Un déploiement d’un plan de communication et de promotion est en cours de définition avec l’ensemble des partenaires régionaux.

Au niveau de l’office de tourisme, le confinement permet de revoir toute la communication digitale. Un nouveau site internet sera lancé à l’automne afin de promouvoir le territoire pour la saison 2021. Il y a eu une refonte totale des brochures touristiques sous une destination « Bretagne centre tourisme ». La création d’une application « Bretagne centre rando» est en cours. Enfin, post-confinement, des vidéos seront présentées aux professionnels afin présenter notre attractivité : une Bretagne insoupçonnée qui a une carte à jouer en mettant en avant ses espaces, et une région ayant le moins subi le Covid-19.

 

A votre avis, cet été, les touristes seront-ils cigales ou fourmis ?

ALP: Au regard de la peur du lendemain, d’une décroissance mondiale importante, du coût économique de la crise sanitaire qu’il faudra assumer, et du non retour à la normale avant plusieurs mois, je pense que le touriste sera plus précautionneux et fera en sorte de ne pas voir les billets sortir trop vite de son portefeuille. Je reste positif et me dis que face à une mobilité restreinte pendant un bon moment, le Centre Bretagne, qui a toujours été une destination touristique économiquement très accessible, doit pouvoir à minima tirer son épingle du jeu. Les locaux ont également une occasion unique de s’approprier leur territoire.

Qu'en sera t-il des activités nautiques cet été ?
Qu’en sera t-il des activités nautiques cet été ?

 

Au Val de Landrouet à Merdrignac, le moral des troupes est aussi en berne actuellement, même si tout est mis en œuvre pour que l’accueil des vacanciers soit sécurisé au maximum pour la saison d’été.

Pour l’heure, comme dans toutes les structures touristiques, le travail ne manque pas…mais c’est pour répondre aux individuels et aux groupes qui annulent les réservations du printemps. C’est d’autant plus désolant que la pré-saison s’annonçait exceptionnelle avec un taux de remplissage à 100 % du 8 au 31 mai.

« Tout s’est soudain écroulé » se désole Marc Cluzeau, directeur du Val. Aujourd’hui, toutes les familles qui avaient réservé pour des retrouvailles, mariages et autres anniversaires ont préféré renoncer pour ne pas faire courir de risques à leurs invités. Les groupes de randonneurs, cible sur laquelle le Val table beaucoup à cette époque de l’année, ont également annulé. « Pour l’heure, les réservations du mois de juin restent incertaines avec déjà quelques annulations » poursuit-il.

A chaque fois, l’équipe de réservation propose un report pour 18 mois du contrat en souhaitant que les clients décalent leur projet de séjour. A l’issue de cette période, il sera alors temps de faire le point et de parler remboursement.

Côté emploi, deux personnes poursuivent leur contrat mais à temps partiel et le Val a aussi recours au chômage partiel. Sachant que l’année sera compliquée comme dans toutes les structures touristiques, Marc Cluzeau a déjà demandé toutes les aides possibles et autres reports de charges.

Même s’il se considère bien épaulé et soutenu notamment par la fédération nationale de l’hôtellerie de plein air, le stress est palpable d’autant plus que le Val s’est engagé sur des travaux de rénovation et d’extension du camping  avant l’été pour accueillir les colonies et centres aérés : un chantier contrarié et retardé par la crise sanitaire.

 

Et la saison d’été ?

Pour l’heure il semble difficile de se projeter sur les mois de juillet et août, sachant que pour le moment on ignore si les activités nautiques seront possibles, si la piscine sera ouverte et si les animations Cap Armor auront lieu. Et quid du club enfant ? En attendant d’en savoir plus sur les nouvelles directives du gouvernement vis-à-vis de la profession, Marc et son équipe ont mis en œuvre des mesures préventives de distanciation sociale en mettant l’accent sur une hygiène irréprochable.

Ils savent déjà que quelque soit la tournure que prendra la saison, cela impliquera des charges nouvelles en personnel pour le ménage et la désinfection des gîtes et espaces communs pour un chiffre d’affaires qui n’explosera sans doute pas. Reste que toute la communication à venir va tourner autour des atouts d’un séjour en centre Bretagne, dans un village familial, tourné vers la nature avec des lieux de vie et emplacements de camping spacieux.

En attendant, le Val se propose de mettre à disposition des logements pour abriter des personnes victimes de violences conjugales, celles-ci étant en recrudescence dans le secteur.

Au Val de Landrouët à Merdrignac, les clients ont la possibilité de reporter leur séjour.
Au Val de Landrouët à Merdrignac, les clients ont la possibilité de reporter leur séjour.