75 % des maladies émergentes sont d’origine animale

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Depuis le début de la pandémie de coronavirus, les animaux font l’objet de nombreuses discussions. Sont-ils à l’origine du COVID 19 ? Peuvent-ils transmettre ou être porteurs de la maladie ? Les médicaments vétérinaires sont-ils utiles à la médecine humaine ? Des questions se posent aussi sur l’organisation des cabinets vétérinaires ou la façon de s’y prendre avec ses animaux pendant le confinement, qu’ils soient à la maison ou dans un champ. Philippe Hénaff, vétérinaire exerçant à Plancoët, Jugon les Lacs et Le Mené (Collinée), également président de l’Ordre régional des vétérinaires apporte les éclairages nécessaires à la compréhension d’une situation inédite.

 

Philippe Hénaff est vétérinaire depuis 1985. Originaire du Morbihan, il est installé à Plancoët depuis 1987 et exerce en clientèle mixte, canine et rurale, dans une association qui compte 10 vétérinaires. Depuis 2008, il est président du Conseil Régional de l’Ordre des Vétérinaires pour la région Bretagne. Il travaille majoritairement sur Plancoët, mais aussi régulièrement sur Jugon les Lacs commune nouvelle et  Le Mené (à Collinée) car ces trois établissements font partie de la même entité juridique.

 

L’HA : Peut-on désormais établir l’origine de la transmission du coronavirus COVID 19 ? Est-il prouvé qu’il existe un lien avec un animal sauvage (chauve-souris ou pangolin ou autre) ?

PH : Il est désormais admis que dans cette épidémie de COVID 19 qui a vu le jour en Chine, le virus s’est transmis de la chauve souris au pangolin, avant de contaminer des humains. Les chauves souris auraient joué un rôle de réservoir pour le virus, comme dans le cas du SRAS quelques années auparavant.

L’origine animale est établie dans cette pandémie du COVID 19, comme c’est d’ailleurs le cas pour 75% des maladies émergentes.  En effet, selon l’OIE (organisation mondiale de la santé animale), 60% des agents pathogènes humains sont d’origine animale et 75%  de ces maladies animales émergentes, encore inconnues il y a quelques dizaines d’années, peuvent contaminer l’homme.

 

L’HA : Comment expliquer cela ?

PH : Cette extension des maladies infectieuses émergentes est accrue par différents facteurs comme l’augmentation des flux humains, animaux et de marchandises, ou le réchauffement climatique. On peut citer la grippe aviaire H5N1 qui a touché la France en 2006, le SRAS en 2002-2003 qui avait aussi pour réservoir d’origine la chauve souris, la grippe mexicaine d’origine porcine en 2009….. La lutte contre ces maladies émergentes passe par une organisation concertée médecine humaine / médecine vétérinaire, officialisée en 2010 par l’OMS (organisation mondiale de la santé) sous le terme « One Health ».

 

L’HA : Comment expliquer que chiens et chats, et maintenant félins du zoo de New-York, puissent être porteurs de la maladie ?

PH : Des tests sanguins qui recherchent des anticorps (sérologie) ont effectivement confirmé que des chiens, des chats et maintenant des tigres avaient pu contracter l’infection.  Les chats positifs auraient été contaminés par leurs maîtres, eux-mêmes atteints par le COVID 19. Ces éléments n’indiquent pas que les chiens, les chats ou les tigres puissent être à l’origine d’une excrétion virale significative. Ils se comporteraient en “culs de sac épidémiologique” c’est à dire qu’ils ne transmettraient pas la maladie, ni à d’autres animaux, ni aux humains.

 

L’HA : Certains animaux sont capables de “sentir” certaines maladies comme Parkinson; serait-ce possible de l’envisager pour le COVID 19 ?

PH : Certains chiens peuvent effectivement “sentir” certaines maladies chez leurs maîtres, comme par exemple le diabète ou autre, et prévenir certaines crises. De telles procédures ou expériences, demandent de nombreuses années de mise au point et d’expérimentation. Une détection des malades du COVID 19 n’est donc pas envisageable par des animaux, à court terme.

 

L’HA : Est-il vrai que des médicaments vétérinaires sont mis à disposition de la médecine humaine (hôpital) ? Si oui lesquels et dans quel but ?

PH : L’ANSM (agence nationale de sécurité du médicament) et l’ANMV (agence nationale du médicament vétérinaire) travaillent conjointement à l’étude de l’usage de certains médicaments vétérinaires chez les humains afin de pallier aux problèmes d’approvisionnement en médecine humaine. Mais les normes ne sont pas forcément les mêmes, quant à la fabrication des médicaments humains et vétérinaires. Les excipients en particulier peuvent être différents. A l’heure actuelle, un seul médicament (un anesthésique) a reçu l’autorisation et seulement sous certaines conditions.

 

L’HA : Avec le confinement, quelle est la nouvelle organisation des cabinets vétérinaires ? Les consultations au cabinet et/ou dans les fermes sont elles maintenues ? Quelles sont les priorités ?

PH : Les établissements de soins vétérinaires ne sont pas fermés, mais leur libre accès est suspendu. Cela signifie que les vétérinaires continuent d’assurer les soins aux animaux malades ou blessés, soit en urgence, soit pour prendre en charge une situation amenée à devenir urgente à court terme, aussi bien dans les cabinets ou cliniques vétérinaires que dans les fermes. Tout ce qui est prévention ou non indispensable doit être différé jusqu’à la fin du confinement.

Par ailleurs, les usagers sont invités à téléphoner avant de venir. L’accès des établissements est limité à une personne par animal. L’objectif de ces mesures est centré sur la gestion du risque en matière de santé publique et sur l’urgence sanitaire pour nos concitoyens. Les vétérinaires s’engagent à respecter les préconisations de biosécurité et les gestes barrières : mesures d’hygiène, distanciation sociale, port de masque, nettoyage et désinfection…

 

L’HA : Les propriétaires se posent de nombreuses questions quant au confinement de leurs animaux domestiques (Puis-je laisser sortir mon chat ou mon chien ? Dois-je lui nettoyer les pattes et son pelage au retour de la promenade ? Mon animal est infect (miaule, aboie, défèque, gratte les portes…) depuis qu’il ne sort plus, que faire ? ). Quels conseils leur donner ?

PH : L’animal de compagnie doit être considéré comme un membre de la famille et le même niveau de précaution et de confinement doit lui être appliqué, notamment pour prévenir ses interactions avec une personne malade de COVID 19. Afin de respecter sa santé et son bien être, il faut maintenir les promenades du chien, en le gardant à distance des autres animaux et en ramassant ses matières fécales. Il faut nettoyer ses coussinets avec du savon doux (surtout pas d’eau de javel, ni d’alcool) avant et après la promenade avec des gants à usage unique. Il faut si possible éviter la sortie des chats du domicile.

Comme pour les humains, le confinement peut paraître long pour nos animaux de compagnie. Ils peuvent manifester leur stress par des vocalises ou de l’agressivité. Il faut garder à l’esprit que la priorité du confinement reste la santé des humains. Ces mesures sont exceptionnelles et limitées dans le temps. Nous devons tous faire preuve de patience.

 

L’HA : Peut-on aller s’occuper des animaux restés au pré (moutons, chevaux) ? Comment s’y prendre pour rester en règle ?

PH : l faut bien sur continuer à nourrir et à abreuver les animaux restés au pré. L’idéal étant que les personnes les plus proches puissent s’en occuper. Pour être en règle, il faut remplir l’attestation de déplacement dérogatoire en cochant la case : déplacements brefs liés aux besoins des animaux.

 

L’HA : Est-il possible de rendre visite à mon cheval, en pension dans une écurie de propriétaires ?

PH : Il n’est pas possible de se déplacer pour rendre visite à son cheval s’il est en pension dans une écurie de propriétaires éloignée de son domicile. Il faut laisser aux employés de la pension, le soin de s’occuper d’eux et prendre des nouvelles régulièrement.

 

L’HA : Une personne malade du COVID 19 peut-elle rester auprès de son animal domestique ? Y a t-il des dispositions particulières à prendre ?

PH : Les patients contaminés peuvent avoir un animal de compagnie. Il convient de respecter des règles d’hygiène (nettoyage et désinfection des mains, port du masque, distanciation) afin d’éviter autant la transmission interhumaine que la transmission aux animaux de compagnie. Il faut aérer périodiquement les locaux, nettoyer le sol avec un détergent ménager, désigner une personne proche non contaminée pour nourrir et soigner l’animal, garder le collier et la laisse à l’entrée du domicile, sans contact avec le patient positif. De façon générale, il faut éviter les contacts étroits avec son animal de compagnie, surtout au niveau de la face ; en somme, il ne faut pas se laisser lécher le visage.

 

 

L’HA : Enfin, à quel niveau les vétérinaires ont leur rôle à jouer dans la lutte contre la maladie ?

PH : Les vétérinaires, par leurs études et leur formation continue, maitrisent parfaitement la gestion des épidémies. Ils connaissent les mesures de biosécurité, qu’ils appliquent au quotidien dans leur pratique professionnelle. De nombreux vétérinaires se sont impliqués directement en s’inscrivant dans la réserve sanitaire au côté des soignants. Les vétérinaires ont mis à disposition des hôpitaux, leur propre matériel : respirateur, monitoring, concentrateur en oxygène, masques, blouses….. Les laboratoires vétérinaires vont également participer à la réalisation des tests de dépistage du COVID 19. Nous avons donc un rôle essentiel dans la lutte contre la propagation de cette pandémie.

 

 

Propos recueillis par Delphine Jeannest