La mécanique auto se conjugue désormais au féminin

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Les temps changent, les femmes n’hésitent plus à se lancer dans des métiers dits masculins. La mécanique automobile n’y échappe pas. A Illifaut, près de Merdrignac, deux jeunes femmes évoluent dans un garage comme deux poissons dans l’eau. Rencontres avec  Justine Villaneau et Noémie Pasquette, très à l’aise dans leur univers choisi la mécanique automobile.

C’est en regardant son beau-père bricoler que Justine Villanneau a commencé à pianoter sous les capots des voitures. Quant à Noémie Pasquette, elle a appris à écouter le rythme des moteurs grâce à ses frères. Aujourd’hui ces jeunes femmes continuent de s’exercer sous la baguette du maestro André Glais, du garage à Illifaut.  Elles ne sont pas intéressées par la valse à quatre temps mais plutôt par les moteurs à quatre temps. Elles connaissent ce cycle de fonctionnement mécanique et peu importe que les voitures soient à essence ou à diesel. Et pour que toute la machine carbure à merveille, elles se sont formées pour devenir de véritables mécaniciennes.

André Glais, patron du garage à Illifaut compte dans son équipe Justine Villanneau, mécanicienne et Noémie Pasquette, élève stagiaire de bac pro maintenance de véhicules.

Justine : « La mécanique c’est mon univers » 

« A chaque fois que mon beau-père réparait une voiture il m’appelait et partageait son savoir. On bricolait ensemble. Je pense que j’aime la mécanique grâce à lui », témoigne Justine Villanneau, 25 ans, originaire de Gaël. Pourtant, après le collège elle n’est pas rentrée directement en formation de mécanicienne. « Je ne sais pas pourquoi, ce n’était pas le moment. Je me suis engagée en bac pro commerce à la Maison familiale rurale de Saint-Méen le Grand », raconte Justine. Cette formation par alternance entre la MFR et le Super U a donné à cette jeune femme des connaissances certaines « mais ce n’était pas ce que je cherchais. Je voulais travailler avec mes mains. »

Stage d’immersion

Pendant une période de chômage, elle demande à réaliser un stage d’immersion dans un garage. Ainsi, elle pousse la porte d’un garage à Gaël. « Le patron du garage, Hecine Chebli, a été un peu surpris. C’était la première fois qu’une femme venait le voir pour demander la formation de mécanicienne. Il m’a donné ma chance ». En novembre 2017 Justine découvre les aléas de ce métier. Un métier encore très masculin. « Le patron travaillait avec son frère et un employé. La seule femme était son épouse qui s’occupait de l’administration. » Le stage d’immersion terminé, Justine est persuadée «  que c’est le métier que j’ai toujours cherché. »

A la Faculté des métiers à Ker Lann

Voici deux ans, la future mécanicienne s’inscrit à la Faculté des métiers Ker Lann à Bruz, près de Rennes, pour décrocher un bac pro. «  Nous étions 24 en classe dont deux filles. Les gars nous ont très bien accueillis, il n’y avait pas de brimades bien au contraire », sourit la jeune femme qui glisse une idée faisant écho à l’éducation des enfants. « Je sais que les garçons en connaissent plus que nous, dès tout petit on leur offre des jouets en lien avec la mécanique : voitures, garages, circuits, outils. Alors forcément pour eux la mécanique c’est plus naturel. » Cependant la volonté d’apprendre des filles comme Justine permet de se former et d’exercer ce métier avec un regard différent. « Ce qui a été formidable, c’est que les garçons en classe nous aidaient, nous expliquaient les choses évidentes pour eux. » Il en était de même avec les formateurs. «  Jamais de moqueries et d’insinuations, jamais de mots pour nous décourager. La plupart du temps, les personnes rencontrées étaient agréablement surprises de nous voir à apprendre ce métier. »

Pendant deux ans, Justine va naviguer entre la Faculté de métiers et le garage à Gaël, où  Hecine Chebli lui fait confiance dans le cadre d’un apprentissage. A travers cette alternance de deux semaines au garage et deux semaines à Ker Lann, elle gagnera de la confiance.

Justine travaille dans le garage en total autonomie. « Parfois, je demande des conseils, c’est normal car je continue d’apprendre. »

A Illifaut, un patron l’appelle

Une fois sa formation terminée, en juin 2019 elle se lance dans la recherche de travail. «J’ai terminé l’apprentissage chez Hecine Chebli mais il ne pouvait pas me garder comme employée car ils étaient déjà au complet. Alors j’ai déposé mes candidatures dans les garages du secteur. Et le garage d’Illifaut m’a téléphoné, c’était aussi simple que ça », se réjouit-elle. Justine travaille dans cette entreprise familiale depuis novembre dernier. « J’ai beaucoup d’autonomie. Et je peux toujours demander des conseils car je continue d’apprendre » s’exclame-t-elle.

Le patron est là pour l’épauler ainsi que ses collègues. Jean-Marie, fils d’André Glais, est né dans le garage alors forcément c’est une encyclopédie vivante de la mécanique.  « Je lui demande régulièrement des conseils. Ici ce n’est pas garage usine. L’ambiance est bienveillante et conviviale entre les employés et bien sûr avec les clients » explique-til.

Justement les clientes et les clients, quelle est leur réaction ? « Parfois ils sont surpris de voir une femme mécanicienne, ils posent de questions et concluent : il en faut ! D’autres ne disent rien et sont vraiment ravis. »

Comme les pistons d’un moteur sous l’action de la combustion, la vie de Justine s’est mise en marche lors des premiers moments d’apprentissage auprès de son beau-père. « Aujourd’hui c’est plutôt moi qui lui donne des conseils », plaisante Justine. « En tous les cas, il est super fière de moi car il sait que la mécanique c’est mon univers. Désormais, j’apprends et peut-être un jour je vais pouvoir ouvrir un garage à moi.»

 

Noémie : « Un métier de précision et d’habileté »

La vie de Noémie Pasquette, 18 ans, originaire de Merdrignac pourrait presque correspondre au schéma du fonctionnement d’un moteur. « Ce sont les soupapes via l’arbre à cames qui règlent la circulation des gaz dans un moteur, selon le cycle quatre temps qui, comme son nom l’indique, se décompose en quatre temps: l’admission, la compression, la détente, l’échappement. » Un schéma qu’elle a certainement  appris dans son lycée.

Encadrée par André Glais, voire son fils Jean-Marie, la jeune Noémie apprend le métier de mécanicienne.

L’admission en bac pro

« J’ai deux grands frères passionnés par la mécanique. Quand ils travaillaient, je restais à côté et  regardais. Je voulais faire comme eux mais ce n’était pas toujours possible… », se souvient Noemie. Sa scolarité s’est déroulée en deux temps. Dans un premier temps, après le collège, elle est rentrée «  en seconde générale à Loudéac mais tous les cours étaient basés sur de la théorie et moi je voulais la pratique, alors j’ai redoublé ma seconde dans un autre lycée, à Saint-Brieuc. » Ce changement de cap lui permet d’entrer en bac pro maintenance des véhicules. « C’est une formation en trois ans. J’apprends au lycée et ici au garage d’André Glais. Mon stage est de 22 semaines par an,  c’est mon père qui l’a trouvé » explique la jeune fille.  Accueillie tout d’abord en octobre « pour trois semaines, je suis revenue au garage maintenant pour cinq semaines. C’est une formation indispensable pour bien apprendre ce métier. » Un métier qu’elle qualifie «  de précision, d’habilité. Aussi de force physique et mentale pour trouver la panne, savoir la réparer. »

La détente

Avant de venir à Illifaut, la jeune fille a vécu une expérience dans un autre garage mais « ce n’était pas la même chose. Dans ce garage ils sont géniaux, j’apprends beaucoup », témoigne Noemie, dont la passion pour la mécanique « grandit de jour en jour justement grâce aux personnes qui travaillent avec moi. »

Noémie souhaite après son bac pro continuer d’étudier pour décrocher le BTS vente automobile. « C’est une sécurité. Je peux exercer comme mécanicienne et si je n’ai plus envie, le BTS me permettra de vendre les voitures. En mécanique il faut parfois porter des pièces très lourdes, alors je prends mes précautions. »

 

La rédaction

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