Les jeunes se trouvent sur la voie professionnelle

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231 jeunes bretons (lycéens, apprentis, compagnons, étudiants, demandeurs d’emploi ou salariés) de moins de 21 ans  ont concouru aux sélections régionales des 46e Olympiades des métiers à Saint-Brieuc. En direct, ils ont exercé leur savoir-faire devant 131 jurés et 52 experts, et des milliers de visiteurs dont 9 000 scolaires. Cet évènement de réputation mondiale a lieu tous les deux ans ; depuis 70 ans, il attire la participation de cinquante pays. Cette première étape de la compétition internationale WorldSkills, organisée par la Région Bretagne, permet de voir les jeunes briller sur la voie professionnelle.

La voie professionnelle, trop peu valorisée en France, comporte de nombreux atouts.  Le jeune se forme à son métier autant en cours qu’en entreprise, se construit et s’émancipe tout en recevant une transmission, ce qui lui permet de trouver du travail relativement facilement à l’issue de cette voie d’excellence. Afin de montrer toute l’étendue de ces formations d’avenir, le public et particulièrement les jeunes, sont invités à assister en direct à la découverte d’une cinquantaine de métiers. Ici l’excellence est reine puisque tous les concurrents ont été repérés dans leurs formations et métiers respectifs pour leur savoir-faire maîtrisé. Ils représentent la relève de demain.

Parmi les savoir-faire mis en avant autour des dix pôles métiers, se trouvaient deux jeunes femmes sélectionnées à cette 46ème édition : Alexandra Thébault d’Eréac en couture et Mathilde Planchenault étudiante en sommellerie au lycée hôtelier de Saint Méen Le Grand.

Alexandra Thébault, une voie cousue de fil blanc

A l’aube de ses 18 ans, Alexandra  qui est en terminale bac pro métiers de la mode au lycée Jean Moulin à Saint-Brieuc, ne s’attendait pas à être sélectionnée aux Olympiades des métiers en novembre dernier. « Pour les pré sélections, je devais créer un sac bowling, ce n’était pas le résultat que j’attendais au niveau technique, alors quand la nouvelle est tombée, je n’y croyais pas mais j’étais si heureuse. Compétitrice dans l’âme, j’aime les défis alors je me suis reprise pour partir sereine et confiante » explique-t-elle. Sans prendre la grosse tête mais avec du plomb dans la cervelle et des convictions, elle se prépare à concourir.

Elle coud depuis l’âge de 12 ans, « âge de ma première machine à coudre. J’ai appris les bases avec Jeanine Rault de Plénée-Jugon. » Dès la 4ème, Alexandra envisage une formation couture. En 3ème, alors qu’on lui propose de redoubler, elle refuse et va en 3ème prépa pro « pour sortir de la filière générale dans laquelle je ne me plaisais pas. » L’année suivante, elle rejoint le lycée Jean Moulin à Saint Brieuc. Entre-temps, elle s’était lancée dans la création de robes pour poupée, pochettes, sac à tartes, turbulettes, couvertures hibou pour les bébés… A peine une pièce terminée, Alexandra veut  avancer toujours plus loin sur ce chemin qu’elle voit cousu de fil blanc. La jeune couturière s’épanouit et prend confiance, aidée par Christine Guillevic, sa prof d’atelier. Elle se démène pour trouver des stages et malgré les réponses négatives, elle persiste. La P’tite aiguille à Collinée, Adèle création à Dinan, ou encore Lécy Créa, créatrice de robes de mariées et événementielles  originaire de Trémorel lui font confiance. Après son bac, elle aimerait passer le diplôme national des métiers d’art et du design à Cholet, puis se faire la main chez un créateur avant de devenir elle-même créatrice de mode. Elle ne travaillera pas en industrie, c’est acté. Le fait de vivre à la campagne, de ne pas avoir le carnet d’adresses lié à ce milieu fermé de la mode, ne l’effraie pas. Bosseuse, volontaire, elle enchaîne les expériences pour prendre de l’assurance.

Pour Mademoiselle Bretagne, Alexandra a créé une robe en plumes de coq aux ailes articulées.

Casser les codes

Meilleur apprenti, twirling et Mademoiselle Bretagne. Et oui, miss Alexandra a déjà un joli palmarès à son actif vu son jeune âge. Après avoir décroché la médaille de bronze en prêt à porter au Concours des meilleurs apprentis 2019, elle se représentera cette année « cette fois pour terminer 1e ou 2e et aller en régional. » L’an dernier, alors qu’elle n’avait pas candidaté au concours Mademoiselle Bretagne, on vient la chercher et la voilà élue première demoiselle. Une occasion rêvée pour créer et montrer ses costumes dont une robe en plumes de coq dotée d’ailes articulées. Mais sa madeleine de Proust, son dada à elle, c’est le twirling qu’elle pratique depuis l’âge de 9 ans. Et elle se fiche pas mal des moqueries que cela peut engendrer. « Cette discipline m’a donné confiance en moi. Aujourd ’hui, je ne crains plus le regard de l’autre, de m’exposer en tenue face à un jury de 22 personnes. C’est un très bon exercice pour vaincre ses peurs. » Ce dimanche, avec son justaucorps noir fait maison, elle participait au concours individuel de twirling à Quédillac ; après les Olympiades, elle se rendra au régional à Betton. Alexandra entraîne aussi les plus jeunes dans son club de Montauban de Bretagne. Ce qui impose un emploi du temps millimétré.

Alexandra Thébault, sélectionnée en couture, aimerait créer sa marque de vêtements dans quelques années.

Côté mode, Alexandra souhaite « casser les codes et habiller TOUTES les femmes car j’ai l’ambition de développer ma marque». Inspirée par Karl Lagaferd (1933-2019) qui s’est fait connaitre du grand public grâce à un concours de manteau en laine, ou Jean-Paul Gaultier dont elle se verrait bien porter la relève en tant que « future juniore », elle craque aussi pour le style d’Azzedine Alaïa (1940-2017). Avec une motivation sans faille, la jeune Eréacaise espère bien finir dans les trois premières aux Olympiades. « L’examen portera sur la création d’un chemisier en réalisant la modification d’un patron, la coupe et le montage, le tout en 10h. Je suis confiante car je me suis bien préparée » avance -t-elle.

Lydia, sa maman, complète. « Alexandra marche dans les pas de ses frères également compétiteurs dans l’âme. Grâce à la couture, elle a déployé ses ailes. Cela veut dire que tout est possible  pour un jeune qui cherche sa voie. Il faut encourager sans jamais imposer et rester positif  tout en ayant conscience que tout à un prix. Car derrière tout ça, c’est énormément de boulot et de sacrifices, mais surtout beaucoup de bonheur. » A voir l’épanouissement de la belle Alexandra qui se trouvait trop rondelette il y a encore quelques temps, il n’y a plus à se poser de question. Foncez !

 

Delphine Jeannest

 

 

 

 

 

 

 

La sommellerie : Une première  aux Olympiades, avec Mathilde

Cette année,  pour la première fois, le métier de sommelier fut présenté aux Olympiades avec cinq étudiants bretons sélectionnés dont Mathilde Planchenault, candidate fémini porter haut les couleurs du lycée hôtelier Notre Dame de Saint Méen Le Grand, aux côtés de Miguel Deffains.

Contrairement aux idées reçues, le métier de sommelier n’est en aucun cas une exclusivité masculine. Au lycée hôtelier de St Méen, cette année, la parité est d’ailleurs de mise. Neuf jeunes femmes et dix jeunes hommes préparent cette spécialité très prisée des restaurants étoilés. Mathilde s’y distingue par vocation. Pour les Olympiades, elle est la seule candidate sélectionnée  par le lycée en formation initiale. Elle œuvrera aux côtés de Miguel, qui a choisi la voie de l’apprentissage, via une alternance à l’auberge du Pont d’Acigné, un restaurant gastronomique étoilé.

Mathilde, 20 ans, ici aux côtés de son professeur Jean-François Noyer, était la seule jeune femme à participer aux olympiades en présentant le métier de sommelier.

Le déclic en 3ème

La passion  de Mathilde pour ce métier qui requiert « du nez » et une grande sensibilité,  ne date pas d’hier. Pour la jeune femme, le déclic se produit au retour d’un voyage scolaire de 3ème à Verdun. Les collégiens font escale dans une cave champenoise en sous-sol.  Mathilde apprécie beaucoup  ce moment. Sa future orientation s’impose alors tout naturellement. L’adolescente se décide à préparer un bac pro commercialisation et services en restaurant à la Guerche de Bretagne : un premier pas vers l’indépendance, puisque sa famille, installée en agriculture, réside près de Laval. Après le bac, elle confirme son choix initial par un BTS hôtellerie restauration à Blois. L’idée est de consolider ses acquis avec de la gestion, de la compta et du droit, avec en ligne de mire, d’être en mesure de créer son entreprise à moyen terme. Enfin, pour parfaire sa formation, elle intègre le lycée hôtelier Notre Dame à St Méen pour décrocher la mention complémentaire sommellerie qu’elle vise depuis le début.

Dans le vif du sujet

Cette mention se prépare en un an en initial ou en alternance. Elle est ouverte aux majeurs uniquement. Dans les deux cas, le rythme est soutenu avec des enseignants passionnés. Dès la rentrée, les apprenants font les vendanges durant trois semaines à Rochefort en Loire au Château de Plaisance. S’en suivent une quinzaine de jours de stage dans une cave et la participation à plusieurs salons des vins, notamment à Angers et Cognac. Outre les cours, l’année est aussi marquée par diverses conférences avec des intervenants de qualité. Le métier de sommelier ne consiste pas à être uniquement un spécialiste des crus français. Durant l’année, les étudiants apprennent à reconnaître et apprécier les vins du monde entier, mais aussi tous les produits de bar dont le thé  le café et même l’eau minérale. C’est d’ailleurs l’une des 33 épreuves que Mathilde aura à réussir lors des Olympiades ; déguster à l’aveugle dix eaux minérales. Elle a aussi été jugée sur ses connaissances en géographie, en service, en dégustation, en reconnaissance des crus à l’aveugle. Elle devra aussi être pédagogue et mener à bien un cours de dégustation. Le marketing était présent puisqu’elle a du mettre en avant un vigneron.

Mathilde, comme Miguel,  se prépare activement à ces épreuves, coachée par ses enseignants, Hervé Pérou et Jean-François Noyer, qui ne ménagent pas leur temps et leur énergie pour que les deux candidats soient au top le jour J. Si elle s’avoue un peu stressée à l’approche des Olympiades, Mathilde s’est aussi inscrite aux sélections départementales des « MAF » (meilleur apprenti de France) qui se dérouleront le 11 mars prochain. La jeune fille prendra ensuite la direction de la Haute Savoie pour son stage de fin d’année. Elle y intégrera l’hôtel restaurant Yoann Comte à Veyrier-du-Lac près d’Annecy, Sans doute le début d’une belle carrière dans ce métier d’avenir qui manque cruellement de candidats.

Le métier de sommelier a un atout indéniable, on y apprend à apprécier les bonnes choses.

Mathilde, seule candidate féminine, a décroché la médaille d’or à l’issue de ses 33 épreuves. La jeune femme est donc sélectionnée pour représenter la Bretagne en octobre prochain à Lyon, pour la finale nationale. Croisons les doigts pour qu’elle puisse aussi découvrir Shanghaï pour l’épreuve internationale.

Françoise Le Maire

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